Et s’il me manque d’aimer ou d’être aimé ? La différence entre les deux est-elle si grande ? S’il me manque de sentir l’amour pour quelqu’un, si mon coeur est sec, replié sur lui-même, je ne suis rien, car je suis absent au monde et le monde est absent pour moi. S’il me manque de me sentir aimé, je ne suis rien, car je suis seul au monde. Personne ne peut vivre par lui-même et pour lui-même. Personne ne se réduit à lui-même, celui qui est marié comme celui qui ne l’est pas, selon les circonstances de sa vie ou pour son Dieu. Personne n’existe sans les autres.
Sans le désir, sans l’attirance, sortirais-je de moi-même ? Sans le désir, je serais mort. Le désir est la vie qui s’ouvre. Dieu lui-même est désir. Seul, je suis incomplet — mais ne suis-je rien ? « Suis-je donc un monstre pour qu’aucun homme ne m’ait jamais dit qu’il m’aime ? », disait avec douleur une femme d’une quarantaine d’années, qui savait combien elle plaisait mais à qui cela ne suffisait pas. Elle désirait être vraiment quelqu’un pour quelqu’un.
L’amour dit : « Tu es quelqu’un. » Il ne le dit pas, il le vit. C’est pourquoi il est émerveillement. Ce qu’il touche devient unique. Quand il touche un homme, une femme, il en fait un dieu. Un dieu, non pas une idole. Dieu est celui que l’on vénère, devant qui l’on s’incline avec respect. Il est unique. L’idole est le faux dieu à qui l’on sacrifie son être ou ce que l’on a. Qui a fait l’expérience de l’amour sait, même s’il l’a oublié, que l’amour est divin. L’amour est, dans la rencontre, cette gratuité qui nous dépasse, cet émerveillement qu’il y ait un autre, des autres. L’amour est notre être profond, notre identité et notre finalité. Sans amour, nous ne pourrions pas vivre. Des parents, des amis, des frères nous sont nécessaires. Nous avons besoin du vieillard et de l’enfant, car la vie ne se tisse que les uns avec les autres, les uns par les autres. Tous, nous ne sommes vivants que par l’amour. Nous courons après l’amour, nous croyons que nous manquons d’amour, mais nous ne savons pas voir que nous sommes nés de l’amour. C’est pourquoi nous avons tant de mal à aimer.
 

Le signe de notre incomplétude


Il y a en nous quelque chose qui n’est jamais satisfait dans notre recherche de l’amour. C’est à cette souffrance que saint Augustin a trouvé une réponse, lorsqu’il s’exclame : « Je te cherchais à l’extérieur, et tu étais en moi ! » Il avait couru de femme en femme, de succès en succès, d’ex...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.