Parmi les chemins où Dieu se laisse rencontrer, il en est un qui passe par le partage avec des petits, des pauvres. J'aimerais évoquer les chemins qui s'ouvrent dans l'échange avec des personnes du quart-monde, tant pour eux que pour ceux qui les accompagnent. Ce sont des chemins de justice, de bonté, de tendresse, de miséricorde et aussi d'une puissance qui viennent de plus loin que nous-mêmes. Le christianisme a ceci de particulier que le chemin de Dieu passe par le chemin des hommes : le souci des frères est une voie privilégiée de l'accès à Dieu.
La communauté de « Magdala » à Lille, que je connais depuis 1990, a été pour moi l'occasion d'une de ces rencontres lors des « dimanches » de la communauté, une fois par mois, et plus particulièrement lors des retraites que nous avons vécues ensemble depuis maintenant une dizaine d'années.

La communauté « Magdala »


À Lille, dans le quartier populaire de Wazemmes, la communauté « Magdala » (50, rue des Sarrazins) est une fraternité ouverte à des personnes venant de la rue, sortant de prison ou connaissant la grande misère. Elle est un lieu d'accueil, de parole, d'écoute et de soutien pour tous ceux qui y viennent. À la Pentecôte 1986, un groupe de familles du quart-monde, où sont présents des religieuses, des religieux, des étudiants, décide de s'organiser pour répondre à des besoins spirituels : prier ensemble, « ne pas être enterrés comme des chiens », pouvoir se marier, faire baptiser ses enfants et célébrer l'eucharistie ailleurs que dans les paroisses où l'on se sent étranger... C'est l'ouverture d'un lieu de rencontre et le début des « dimanches » où l'on se retrouve pour partager le pain et la parole.
Lorsque Gérald est venu pour la première fois à la communauté, il raconte qu'il était en train de devenir clochard et alcoolique. Il n'avait ni travail ni logement décent. Un jour, Irène, la religieuse responsable de la communauté, l'a rencontré alors qu'il ramassait des cartons dans la rue, et elle l'a invité au repas commun du dimanche. Comme pour beaucoup d'autres, la honte lui collait à la peau. « Au début, je m'asseyais sur la poubelle, pas avec les autres : c'était ma place... Je me tenais à distance, je me méfiais et j'avais peur des pièges. Puis, peu à peu, je me suis habitué au monde. »
Ces dimanches sont l'occasion de partager le repas, simplement, sans distinction. Ils donnent aussi lieu à l'échange des nouvelles, ainsi qu'au partage de la prière et à l'eucharistie pour ceux qui le veulent. C'est un moment où « les choses se refont », où la parole de chacun est entendue où le cri et la détresse peuvent se dire, mais aussi les joies et les découvertes. Le partage du pain et de la parole ne se fait pas sans heurts ni incompréhensions. Il est qualité d'accueil et d'écoute qui rompt l'isolement et ouvre sur une relation. « On découvre qu'on n'est pas seul — déclare Suzanne, une ancienne —, il y en a d'autres qui sont comme nous, mê...
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