«Des rues pavées d’or » : c’est le cliché répété par les histoires du XXe siècle pour décrire la motivation des Européens pauvres émigrant vers l’Amérique. La poursuite « de l’or et de la gloire » est présente à l’origine de la colonie anglaise de Jamestown, en Virginie, tout comme à la fondation des vice-royaumes du Pérou et du Mexi­que. Mais les colons du début et ceux qui émigrèrent plus tard aux États-Unis eurent des motivations variées, et pas forcément aussi matérialistes ou ambitieuses que celles des marchands aventuriers anglais et des conquistadors espagnols du XVIe siècle.
 

Les espoirs des colons et des immigrants
 

Les colons d’Amérique du Nord et les immigrants qui leur succédèrent avaient des buts aussi nobles que la liberté religieuse et politique, et aussi terre-à-terre que celui de fuir la pauvreté. Les pèlerins qui abordèrent à Plymouth Rock cherchaient la liberté de culte, et la colonie de Massachusetts Bay donna naissance à son tour à des dissidences religieuses en Rhode Island et au Connecticut. Les quakers en Pennsylvanie et les catholiques au Maryland allèrent plus loin, en fondant des sanctuaires de tolérance. Les premiers colons créèrent aussi des institutions pour s’autogouverner, et leurs espoirs de liberté personnelle se retrouvèrent au coeur des accusations por­tées contre le roi George III dans la Déclaration d’Indépendance. Ces espoirs se réalisèrent plus tard dans la Déclaration des Droits de la Constitution des États-Unis.
 
Au XIXe siècle et au début du XXe, de nombreuses familles fuirent la pauvreté et vinrent tenter leur chance dans le Nouveau Monde. Américains de naissance ou nouveaux immigrants prirent la route de l’Ouest en tant que « fermiers » pour réclamer les quarante hec­tares offerts à chaque colon par le Gouvernement fédéral. Après la guerre civile, des esclaves noirs affranchis reçurent leur part dans la société américaine sous la forme de « seize hectares et une mule ». Ne manquèrent ni les poltrons, ni les propriétaires de plantation, ni les barons de l’industrie sans scrupules. Le magnat de l’acierAndrew Carnegie prêcha « l’Évangile de la richesse » ; mais jusqu’aux années 20, lorsque la prospérité des classes moyennes commença à se répandre, les rêves de la plupart des gens demeuraient modestes. C’est au début de la Grande Dépression, en 1931, que l’historien James Truslow Adams créa l’expression « le rêve américain » pour désigner les aspirations américaines à la prospérité personnelle et familiale.
 

La substance économique du rêve américain


« Le rêve américain, écrivait Adams dans L’épopée de l’Amérique (1941), est le rêve d’une terre où la vie serait pour tout le monde meilleure, plus riche et florissante, avec des chances pour chacun selon ses capacités et ses réalisations. (…) Non seulement un rêve de voitures automobiles et de hauts salaires, mais le rêve d’un ordre socia...
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