Rien n’engage un homme autant que l’eucharistie.

François Mauriac 
 
«Est-il loisible de manger la chair ? » Cette question de Plutarque dans ses Œuvres morales au Ier siècle après Jésus-Christ doit nous mettre d’emblée en garde. En plein contexte d’essor de la pratique eucharistique, et alors même que les nouveaux disciples s’autorisent à manger de toutes les viandes, on se demande jusqu’où ils iront dans le franchissement des interdits. Le scandale du « Ceci est mon corps » n’a pas fini de faire parler de lui, et toutes les justifications pour en réduire l’offense aujourd’hui comme hier ne suffiront pas à faire taire l’embarras, pour ne pas dire l’indignation, qu’il cause. Les juifs eux-mêmes ne s’y sont pas trompés « qui se mirent à discuter violemment entre eux : “Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ?” » (Jn 6,52). La proposition a du mal à passer, c’est le moins que l’on puisse dire. Et une parole du Christ dans l’évangile de Jean nous le confirme : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui […]. Celui qui me mange [littéralement : « me mâche » (trôgon)] vivra par moi » (6,56-57). Et comme s’il fallait encore y insister, le Verbe incarné dans le Discours du pain de vie précise : « Ma chair est un vrai aliment [ou « breuvage » : brôsis] et mon sang est une vraie boisson [ou « potion » : pôsis] » (Jn 6,55). Trop, c’est trop ! Pour les juifs assurément, mais pour nous aussi.
 
Naissance du scandale
Au cours des siècles, l’histoire de cette étrange nourriture – d’un corps donné à manger et d’un sang offert à boire – n’aura pas manqué d’interroger, en particulier les Pères à l’heure même où ils s’apprêtaient à tout spiritualiser :
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