La fin des monopoles

De même, il ne faudrait pas que les apôtres de la charité qui sont devenus des figures de vitrail et des icônes médiatiques fassent ignorer le rayonnement, au coeur de la grisaille du monde, de tant d’hommes et de femmes qui se dévouent sans compter au service de leurs frères. Les uns sont engagés dans un organisme ecclésial ou une association confessionnelle. Ils s’affichent comme chrétiens et revendiquent leur appartenance à l’Église. D’autres, au nom de la même foi, ont choisi de devenir bénévoles ou salariés d’une association humanitaire non-confessionnelle. Ils y rencontrent d’autres croyants, mais qui, eux, se disent non-pratiquants, croyants sans religion dont l’engagement socio-caritatif constitue le seul mode d’appartenance à l’Église. Ils y côtoient aussi d’anciens chrétiens qui ne s’identifient plus à leur Église d’origine. Tout comme dans les ONG catholiques se rencontrent, plus nombreux qu’on ne l’imagine, des incroyants qui ont choisi d’être des « compagnons de route » du christianisme social.
Il arrive bien sûr que ce bel œcuménisme de la charité soit gâté par l’intransigeance d’ultra-catholiques qui, par exemple, remettent en cause la légitimité du Secours catholique, du CCFD ou de la DCC, au motif que certains de leurs membres, salariés ou bénévoles, n’adhèrent pas pleinement à l’Église. Mais il n’est pas rare non plus que d’ardents militants chrétiens soient soupçonnés de prosélytisme par des esprits laïcs et d’inauthenticité par ces croyants non-pratiquants qui jouent volontiers à inverser la parabole du pharisien et du publicain : « Mon Dieu, je te rends grâce de n’être pas comme ce pharisien… » (Lc 18,9-14).
Quoi qu’il en soit, quand on envisage l’Église à partir de cette dimension essentielle de sa mission qui est de servir l’humanité, on ne peut plus tracer de frontières nettes entre le dedans et le dehors, entre le social et le théologal, entre les fidèles et les dissidents. Elles s’estompent, laissant la place à de subtils dégradés et à une diversité inattendue. Dans le champ immense de la solidarité se rencontrent des passe-murailles de toutes obédiences, fraternisent ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas et collaborent les serviteurs de l’ombre qui échappent aux classifications de la sociologie et de l’orthodoxie.
 

Condamnés à la modestie

Par-delà toute prétention identitaire et toute arrière-pensée de prosélytisme, le coude-à-coude des hommes de bonne volonté est une école de modestie. Nul ne peut plus prétendre avoir le monopole de la solidarité et du service, ni les chrétiens estampillés ni les modernes chevaliers du « sansfrontiérisme » qui ont bien conscience d’être les héritiers des religieux du temps jadis. Sans compter que les uns et les autres sont bien placés pour savoir que, dans nos sociétés modernes, la solidarité ne se confond pas avec les bonnes oeuvres et les actions humanitaires, loin s’en fa...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.