Carlo Maria Martini est un véritable Piémontais : il en a les qualités de réserve, de discrétion, de retenue, quelque chose d’austère où affleure cependant une vive et délicate sensibilité. Né en 1927 à Turin, pour lui la ville constitue une donnée première. Peu à peu, il lui découvrira un double visage.
L’un est assez effrayant : « Un soir à Milan, nous revenions en voiture, de je ne sais quelle réunion. (...) Je me souviens que, assis dans la voiture, je voyais les maisons avancer sur moi, l’une après l’autre, et dans les maisons les appartements, avec au-dedans tous ceux que l’on devinait derrière les rideaux (...) et dans les maisons, tous ces poids à porter : litiges, frustrations, problèmes, maladies, morts. Tout cela me pesait (...). Je sentais remonter l’angoisse pour les meurtres du terrorisme, pour toutes les victimes de la crimina­lité et de la drogue, pour les désespérés, pour tous ceux qui, cette nuit-là, en avaient assez de vivre... » 1.
L’autre visage de la ville est lumineux, évoqué grâce à une ci­tation tirée d’un discours de Giorgio La Pira : « Les villes ont leur visage propre (...) ; elles ont une âme et un destin particulier (...) ; elles sont de mystérieuses demeures des hommes (...) ; elles sont, d’une certaine manière, des demeures de Dieu : Gloria Domini in te videbitur (“en toi on verra la gloire de Dieu”) » 2.  
 

Un homme de dialogue


Le cardinal Martini est un homme de dialogue : avec les chrétiens, les juifs, les musulmans, avec les athées... Dès 1985, il instaure « la chaire des non-croyants » : dans une atmosphère de recueillement, de silence et de respect, un non-croyant et un chrétien convaincu sont invités à exprimer l’un après l’autre leurs raisons personnelles de croire ou de ne pas croire. Car le « dialogue sur les valeurs hu­maines et sur la foi fait partie du progrès de l’humanité ». Chargé de nombreuses et lourdes responsabilités, il a le souci de demeurer « intérieurement libre, capable de prêter attention à des questions plus importantes » 3.
Tout cela se trouve admirablement illustré par ses armoiries, sa devise, sa vie entière. Sa devise, il l’a trouvée dans saint Grégoire le Grand : Pro veritate adversa diligere (« Par amour, par respect de la vérité, aimer ce qui nous est contraire »). Ses armoiries portent un arbre pourvu de longues racines, mais sans lien avec la terre ; au-dessus, on peut lire une inscription en hébreu : Déraciné, il fleu­rit encore. Dans la Compagnie de Jésus depuis 1944, le P. Martini commente : « Par le voeu d’obéissance que fait le jésuite, il ne peut se lier à un lieu quelconque ou à un rôle particulier, mais où qu’il soit appelé pour accomplir son ministère, il doit fleurir, porter du fruit. » En fait de rôle particulier, avant d’être nommé archevêque de Milan par Jean-Paul II, il fut professeur, puis recteur de...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.