Face au sentiment que notre monde est devenu immaîtrisable et imprévisible, nous ne sommes pas démunis. Nous devons renoncer à l'idée qu'il nous faudrait chasser l'imprévisible avant de pouvoir agir. Prenons tranquillement notre juste place, en sujets libres. 

 

 

Que faire ? C'est une question au second degré, une question lancinante qui nous suit comme notre ombre dans nos activités, et Dieu sait s'il y en a ! Pour ce qui est de faire, en effet, nous faisons ! Nous ne cessons d'agir, de travailler, d'inventer, de parler, d'engendrer, de construire. L'urgence nous pousse, le désir de vivre, d'aimer et d'être aimé, la nécessité, les habitudes acquises, nos rythmes imbriqués dans le mouvement général. Dans ce flux, nous sommes embarqués, mais la barque est secouée : nous nous sentons plus souvent roulés dans le flot qu'aux commandes, partageant une impression de dérive collective – où va le monde ? – nourrissant les plus grands doutes sur la poursuite du bien commun, sur la possibilité de consensus constructifs, sur l'efficacité de décisions prises démocratiquement et au bon moment. L'angoisse est celle d'un monde devenant immaîtrisable – mais l'a-t-il jamais été ? –, illisible, imprévisible, chaotique, d'une incroyable violence et d'injustices flagrantes. Ce qui advient ne ressemblera à rien de ce que nous avons connu. On nous le dit. Nous le croyons, répétant à l'envi, et tous en chœur, le mot passe-partout de « mutation », rien n'y fait : aussi floue que lancinante, la question « que faire ? » continue de flotter tout autour. « Seulement la question, dit Jean-Luc Nancy, car on ne songe plus à la moindre véritable réponse, même si les journaux de toutes sortes regorgent d'analyses informées et de conseils avisés. » Avant d'ajouter : « Le comble de notre désarroi, c'est que nous n'osons même plus poser la question. »1
 
Faire face…

Osons donc, et posons-la, ou déplaçons-la comme le suggère le philosophe. Exposons-nous à elle, abandonnant les schémas trop connus et commençons à bouger en sondant ce désarroi et en relevant quelques points d'attention. Première remarque : il s'agit d'un sentiment. Nous attachons beaucoup de prix aux sentiments, de plus en plus attentifs à ce que nous ressentons, un peu comme si le fameux « ressenti » était un indice décisif de réalité. La météo l'a saisi et nous donne désormais, en sus des températures relevées sur les thermomètres, les températures ressenties.

... au sentiment

S'agira-t-il de se déprendre de ce que l'on ressent ? Sans doute non, l'attitude serait fausse. Du moins peut-on moduler l'interprétation qu'on en donne : la catastrophe n'est pas là parce que « je la sens », ou parce que nous sommes nombreux à « la sentir ». La réalisation de l'idéal n'est pas à portée de mains même si je le « sens bien » ou même si, à plusieurs, nous nous confortons dans cette illusion. Ce que je sens personnellement, comme ce que nous sentons collectivement, est tout à fait équivoque. Toute notre expérience de vie nous le prouve : le sentiment, si largement partagé soit-il, peut nous abuser. Nous ne pouvons nier ressentir ce que nous ressentons mais nous devons faire preuve de la plus grande circonspection quant aux conséquences à en tirer. L'expérience spirituelle enseigne cette prudence nécessaire, forme de retenue qui suppose patience, attente et humilité : on sait bien que les moments d'exaltation ou de désert ne désignent pas pour autant la présence ou l'absence de Dieu, quelles que soient la ferveur ou la détresse que l'on ressent. Toute mise en lumière suppose de relativiser le sentiment, de le tenir en respect, c'est-à-dire de le tenir à distance, tout en le prenant en considération. Le refus d'y accorder de l'importance équivaudrait à une forme de déni : passons à autre chose, que chacun joue pour lui, ou encore « cultivons notre jardin », autant d'aveux de renoncement, d'amertume, voire d'ironie et de mépris, et ce que nous cultiverions en premier serait l'indifférence et le repli, voire le cynisme. Mais laisser le sentiment d'impuissance envahir tout le champ des consciences individuelles et collectives serait tout aussi préjudiciable. Nous devons donc nous tenir à égale distance du déni et de la submersion.

... à la submersion

Avant même de risquer d'être submergé par l'inquiétude, considérons la submersion par l'information. Elle nous envahit, paroles et images, répétées à l'infini, martelées à l'identique sur le temps bref d'une même journée, d'un soir, d'une heure. À informations en boucle, jugements bouclés et stéréotypés, intelligences anesthésiées ! Le journaliste Yann Barthès s'est fait une spécialité de la satire de la parole ressassée à l'infini, la même sur toutes les chaînes, la même dans les discours politiques transportés de villes en villes ou de pays en pays2. À quoi s'ajoute la duplication à l'infini des brèves par le biais des applications numériques et réseaux sociaux. Dans cette gigantesque mise en commun de tout et de rien, le monde est chez nous, mais il l'est en vrac. La fébrilité maintient une sorte de tension qui tend à faire croire que l'on est au taquet, branché, donc bien là, dans le jeu, celui de la Toile mondiale et de nos petits cercles en alerte. Surtout pas hors-jeu. Mais ne pas se sentir hors-jeu est-ce du même coup devenir acteurs potentiels, avec un jugement et des choix personnels ? Ce que ces projections induisent en nous, c'est une certaine robotisation de la pensée, une sclérose déguisée en savoir, en tout cas une grande difficulté à développer une pensée originale, la pente toute tracée de ce qui se fera bon an mal an. Comment raisonnablement aborder la politique si l'on se contente de rabâcher des slogans, de s'indigner de petites magouilles, de ne réagir que par réflexes conditionnés ?

... à la dramaturgie de la parole et des images

Pas d'autre moyen à vrai dire que de se mettre à la diète. La diète, autrement dit le consentement au silence et au voile : moins de paroles, moins d'images. Que celui qui veut voir consente à se rendre aveugle pour un temps et que celui qui veut entendre consente à se rendre sourd. C'est paradoxal mais c'est ainsi, et c'est une façon d'originer à nouveau en soi le pouvoir de la parole et sa gravité, son poids, son sens et, ce faisant, se redonner la possibilité de l'écoute, de l'échange et de sa propre voix. Car, dans l'origine de la parole, se trouve toute notre capacité de rejoindre l'autre, les autres, de trouver les passages, les accès. La parole ne résonne que sur fond de silence. Beaucoup de nos contemporains en sont persuadés et savent en trouver l'espace et le lieu. Le monde n'en sera pas changé ? Si ! Et plus qu'on ne le croit. Les chrétiens devraient être particulièrement sensibles au drame (drame au sens du jeu théâtral) de la parole, eux qui enracinent leur existence dans la Parole vivante. Ce désencombrement n'est pas une fuite devant le réel, mais une approche conforme à ce que peut porter une conscience humaine qui ne peut imaginer influer de quelque manière sur un chaos qui se serait déjà installé au plus profond d'elle-même. En un mot, le chaos est au moins autant dans les consciences débordées que dans la réalité. Dès lors, comment surmonter un tant soit peu le sentiment d'impuissance, comment espérer faire acte de liberté, poser des choix ?

Réajuster…

Précisons que ce désencombrement ne sera pas fait une fois pour toutes, après lequel on pourrait se remettre sereinement au travail. C'est un travail continu, un élagage d'arrière-plan. D'autant qu'il permet de prendre conscience de certaines carences dans nos appréciations de la réalité.

... la perception du temps

Notre perception du temps est pour beaucoup dans l'impression d'illisibilité du monde, des événements et de l'impact que l'on pourrait avoir. Croit-on sincèrement que, pour nos parents ou grands-parents, à la veille des deux guerres mondiales, l'avenir était plus lisible ? Leur situation moins alarmante, leurs choix plus faciles ou plus clairs ? Comment déchiffrer la portée de certains événements, sinon après coup ? Comment comprendre les grandes mutations historiques, sinon des siècles plus tard ? Nous voudrions, pour le présent et l'avenir, un éclairage comparable à celui de nos rétrospectives. De plus, vivant dans un temps compressé où tout se sait en temps réel d'un bout à l'autre du monde, nous n'avons plus conscience de la nature différente de l'avenir. Le présent est certes lourd de l'avenir et, au moment de choisir, on se doit de prévoir autant que faire se peut, mais on ne chassera pas l'imprévisible et l'illisible de l'avenir. On ne connaît l'histoire… qu'à la fin de l'histoire. L'avenir se dérobe à l'avidité du « tout saisir ». Il y a dans l'avenir une part de béance. On ne peut ni le fermer, ni le mettre à plat. On peut tenter d'éloigner tel ou tel désastre, mais des retournements imprévus peuvent toujours survenir. En un mot, pour reprendre les catégories d'Emmanuel Kant, l'avenir n'est pas de l'ordre de la raison pure, mais de la raison pratique. On s'y engage en répondant non pas à la question : « Que puis-je savoir ? », mais à la question : « Que dois-je faire ? » Même en tenant compte de ce que je sais aujourd'hui, engager l'avenir constituera toujours une prise de risques, calculés certes, mais réels3. Sommes-nous capables de porter et de supporter une part d'incertitude ? Toutes nos stratégies peuvent être mises à mal ou au contraire dépasser largement nos espérances. Souvent, il faudra changer en cours de route, accepter l'échec, recommencer, continuer à avancer. Pour reprendre une expression de frère Roger de Taizé, nous sommes dans une « dynamique du provisoire »4. Soyons-en sûrs, la capacité à intégrer dans notre champ de conscience cette part d'inconnu de l'avenir au bout des décisions les mieux pesées est une vraie source de liberté. Ce qui nous donnera de l'allant, ce sera de délivrer l'avenir que nous avons tendance à réduire.

... l'échelle de la décision

Le tout-atteignable actuel (par les moyens de communication, de transport, d'information) brouille notre lucidité… Nous sommes les enfants de la mondialisation et nous voudrions hisser notre capacité de représentation à l'échelle du monde. Or nous buttons sur nos limites ! Elles sont une des données du problème ! Il faut sans cesse réajuster le GPS décisionnel : D'où est-ce que je parle ? D'où est-ce que j'agis ? Quelle peut être la portée de mes choix, quelles en sont les ramifications, quelles en sont les limites ? Par exemple, je suis bouleversé par le drame des migrations actuelles. Je ne minimise pas les difficultés politiques devant lesquelles elles placent les gouvernements. Je souhaite prendre ma part. Évidemment, il n'est pas en mon pouvoir de décider au sommet, je suis obligé de voir ce que je peux faire là où je me trouve, non seulement en fonction de la terre qui me porte, du pays qui est le mien, mais de cet espace autour de moi, fait de mes compétences, de mon rayon d'action, des liens tissés dans ma vie professionnelle, de mon histoire, de ma position dans la cité, éventuellement du parti politique dans lequel je suis engagé, etc. Je ne peux pas sauter d'un coup à l'échelle du monde ou du Moyen-Orient. Je peux, à ma place, me poser la question de l'accueil, contacter les associations, élargir mon souhait de mobilisation à ma ville, à mon Église, les unes et les autres plus ou moins réceptives ou incitatives, je peux inclure cette question comme primordiale dans les votes auxquels je suis appelé, et je vois bien que les ramifications seront étendues, pousseront de la politique nationale à la politique de l'Europe, ne pourront ignorer les conflits moyen-orientaux… Mais, si je n'ai pas la bonne échelle, je resterai en dehors, voué au lamento. C'est vrai aussi pour tout ce qui touche à l'emploi. Ce n'est pas parce que l'on va répétant que nous sommes dans une situation de chômage de masse qu'un emploi créé, fût-ce un seul, est dérisoire. Pas plus que ne le sont le choix de rejoindre une association de personnes en recherche d'emploi ou celui de s'installer comme auto-entrepreneur, le fait d'aider à rédiger des CV ou d'entraîner aux entretiens d'embauche.

Le son de ma voix

Pas sûr que nous connaissions encore le son de notre voix. Et qui pourrait chanter sans connaître le son de sa voix ? Pas plus ne sommes-nous assurés de connaître le vrai son de la voix de ceux qui nous sont proches. Qu'est-ce à dire ? Nous croyons pourtant parler, protester, approuver, intervenir chaque fois que cela nous paraît nécessaire, lancer notre voix à travers l'espace, sous forme de pétitions, de reportages sur les événements auxquels nous avons assisté, tweets, like… et j'en passe. Mais autre, pour chacun et pour l'ensemble de la société, est le vrai son de sa voix. On ne le trouve pas d'emblée. Les apprentis chanteurs ou les orateurs en herbe savent comme il est long de poser sa voix, de trouver la sienne propre et de la rendre audible. Eh bien, pour ce qui est de notre présence dans la société, nous avons aussi à cultiver le son de notre voix, celui qui se confond avec l'affirmation de la personne, d'une personne libre, qui parle en son nom, pose ses propres choix, va son chemin, non pour recueillir de soi une image flatteuse conforme aux stéréotypes en vigueur, ou parce qu'elle tenterait de se distinguer des autres pour une satisfaction narcissique. C'est l'inverse : la personne s'affirme être elle-même dans le lien aux autres, différente et liée, sujet en face et avec d'autres sujets. Une personne consciente d'elle-même, irremplaçable, pour reprendre le beau terme qui sert de titre au dernier livre de Cynthia Fleury5. Il ne s'agit pas, dit-elle, « de devenir une personnalité, une singularité, comme une injonction à la mise en scène de l'ego. L'enjeu est tout autre : il est relationnel. Se lier aux autres, se lier au réel, se lier à l'œuvre… » C'est l'avancée initiale. L'imbrication qui en résulte, consciente et voulue, de liens en réseaux, conduit à la nécessité et à la possibilité d'agir.

Prendre sa juste place
Des choix revendiqués

Or, force est de reconnaître qu'à travers le flux de la vie, du travail, de l'éducation des enfants, de la participation à la vie de l'Église, des voyages, des logements et déménagements, des rencontres, des conflits, des coopérations, des associations, des choix sont effectivement posés, mais méritent-ils encore d'être appelés « choix » ? Ils se font souvent presque sans nous, à travers nous, mais sans que nous en ayons conscience, comme par un effet de pente, comme il est dit plus haut : je me plains de mon travail, il n'est pas ce que je voudrais, je supporte mal la décision de ma hiérarchie, mon collègue ne communique pas – ce peut être tout à fait vrai –, il n'empêche que je suis là parce que j'ai signé. Nul n'a signé mon contrat à ma place, j'ai choisi. Des forces sont en jeu qui pèsent sur moi, me voici bousculé, mais je ne suis pas à l'arrêt ! Ou encore : je suis tiraillé entre travail, enfants, vie associative, tout me semble avoir un goût d'inachevé, je n'arrive pas à souffler, je ne suis content de rien, tout va mal : à tel ou tel moment, j'ai choisi. À des appels perçus, j'ai donné des réponses. Trop ? Je vais être conduit à apporter des correctifs et, si je continue sur la même lancée, sans rien changer, ce sera encore un choix. Ce qui nous manque dans nos choix, c'est de les reconnaître et de les assumer, ce qui permettrait de les réexaminer, pour les confirmer ou les infléchir. Les sortir de la confusion évite d'avoir l'impression d'être un jouet des circonstances ! Ni la victimisation ni l'accablement ne sont de mise.

Ni tout noir, ni tout blanc

Il ne suffit pas d'occuper une place, il faut la prendre, évidemment sans arrogance et sans abus de pouvoir, avec simplicité, mais en sujet libre. Nous ne nous faisons pas assez confiance. Nous consentons implicitement à l'immersion et à la confusion comme s'ils équivalaient à la fatalité. Or, nous ne cessons de choisir. Là encore, quelques fantasmes sont sans doute à dissiper : tous les choix ne se ressemblent pas, ils ne sont pas porteurs des mêmes incidences, beaucoup font simplement partie du cours de la vie, de ce mouvement qui est la vie même. Aucune raison de les théâtraliser, de se les représenter de façon cruciale, comme si le temps s'arrêtait et que le ciel allait nous tomber sur la tête. Nous avons souvent du choix une représentation déviée, soit trop faible, quasi inexistante, soit excessive, crispée, chargée d'une gravité paralysante. Or il nous faut reconnaître paisiblement que nombre de nos choix sont relatifs, un peu plombés, qu'ils comportent souvent une part insatisfaisante, qu'il faut, comme on dit, « faire la part des choses »… Ils ne sont pas insignifiants pour autant ! Eux aussi méritent une juste échelle. Souvent, ils sont à mi-chemin de ce que nous voudrions ou de ce à quoi nous nous opposons. Ni tout noirs, ni tout blancs et sans cesse à reprendre. Ce n'est pas pleinement satisfaisant, mais c'est ainsi. En demi-teintes.

Le crible du dialogue

Les réajustements évoqués jusqu'ici sont des éléments d'une véritable conversion au réel, une lecture sans cesse reprise et à reprendre. Elle demande de l'énergie et de la constance, une forme de résistance intérieure… Et, comme toute conversion d'ordre spirituel, beaucoup de patience. Il n'est pas facile d'en rendre compte parce qu'elle n'est pas vraiment dans l'air du temps : elle ne repose pas sur l'émotion, ne se précipite pas dans l'indignation et n'accorde guère de crédit aux déclarations salvatrices. Mais, même si elle est bien de l'ordre de l'intériorité, on peut compter sur d'autres pour la partager et s'y encourager en commun. Vouloir aimer le monde n'est pas une tâche solitaire. Cet approfondissement a, de toute évidence, une dimension collective. Sous le signe de la bienveillance, confrontations, débats, controverses et évaluations assurent et corrigent le trop d'inquiétude ou le trop d'assurance. Ma lecture du réel est appelée à s'exposer, à être critiquée, au meilleur sens du terme. Reste que tenir une forme d'humilité vraie capable de résister à l'échauffement comme au découragement relève de l'intériorité : sortir de l'impuissance ne signifie pas prétendre manifester sa puissance mais témoigner d'abord d'un effort de justesse. La recherche de la justesse précède ici celle de la justice. Cette justesse si difficile à viser et à tenir est, pour guider nos choix et tempérer notre désarroi, la nécessaire éclaircie.

1 J.-L. Nancy, Que faire ?, Galilée, 2016, p. 12.
2 « Le petit journal », Canal +.
3 D'un certain point de vue, les excès du principe de précaution sont une négation de l'avenir. Je dis bien dans une certaine mesure, car l'insouciance n'est pas de mise et il ne s'agit aucunement de verser dans l'inconscience, mais d'envisager avec une certaine sérénité que l'avenir soit véritablement ouvert. Cf. pp. 114-116.
4 Roger Schutz, Dynamique du provisoire, Presses de Taizé, 1965.
5 C. Fleury, Les irremplaçables, Gallimard, 2015.