« Dans cet abandon, il fit la plus grande œuvre de toute sa vie. » L'abandon est bien souvent considéré comme le royaume spécifique de Jean de la Croix. Dans cet article, Jean-Alexandre de Garidel nous aide à l'explorer en toutes ses dimensions.

« Là où il n'y a pas d'amour, mettez de l'amour et vous récolterez de l'amour. » Cette citation assez connue de saint Jean de la Croix gagne à être resituée dans son contexte d'écriture. Elle est extraite d'une lettre de juillet 1591, envoyée à une carmélite qui s'inquiète du sort de ce carme déchaux qui a collaboré avec sainte Thérèse d'Ávila à la rénovation du Carmel. Jean de la Croix est alors à quelques mois de sa mort, mais il est surtout l'objet d'une campagne de calomnies de la part de ses frères, en raison de sa liberté de parole. Au lieu d'accuser ou de s'ériger en victime, il discerne qu'il est rendu capable par Dieu d'aimer et de pardonner, en transformant le mal en amour. Son union intime avec le Christ le fortifie dans un amour qui triomphe de toute adversité. Voilà un homme abandonné par ses frères mais qui, à travers son abandon total à Dieu, traverse cette ultime épreuve comme l'occasion de témoigner, comme Jésus, du plus grand don de soi. Il est pleinement libre d'aimer jusqu'au bout et rien n'y fera obstacle : l'Amour transforme tout en soi, le bien comme le mal.

Un homme qualifié

Nous avons raison de nous méfier parfois de certains textes pseudo-spirituels sur l'abandon. Ce sujet peut être l'occasion de bien des méprises, voire de manipulations. L'abandon est parfois confondu avec un « se laisser vivre », irresponsable du point de vue moral ; ou bien il est traité sans vraie consistance humaine. Par ailleurs, notre contexte de dévoilement d'abus spirituels doit nous mettre sur nos gardes quand un accompagnateur invite trop souvent à l'abandon pour se faire obéir. Il nous faut prendre du recul critique et éprouver la fiabilité de celui qui aborde ce sujet délicat.

Il y a un premier fait très marquant chez Jean de la Croix : l'abandon a jalonné sa vie, d'abord au sens d'un abandon humain subi. Juan de Yepes Álvarez connaît deux drames dans sa petite enfance : la mort de son père et d'un de ses deux frères, ainsi que l'expérience de la misère. Il est jeté dans la vie de manière rude. L'autre expérience décisive se situe en 1578, dix ans après son choix de commencer avec sainte Thérèse la fondation d'une nouvelle manière de vivre le Carmel.

Ce projet est combattu et Jean est emprisonné dans le cachot...

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