Quelques scènes tirées des livres prophétiques, et présentées ici, illustrent ce qui confère au prophète sa qualité de veilleur : sa capacité à voir et à rendre compte de ce qu'il a vu. Il s'agit pour nous, comme pour les prophètes, d'exercer notre regard et notre parole.

« Veilleur, où en est la nuit ? » Celui qui interpella Isaïe par ces mots en fut pour ses frais et reçut une réponse mystérieuse qui défie les exégètes : « Le matin est venu, comme la nuit1. » L'image nous reste, pourtant : le prophète biblique ne serait-il pas un veilleur ? Certes, Dieu a établi plusieurs prophètes comme « guetteurs »2 ; mais seul Habaquq assume cette métaphore pour lui-même, attendant la parole du Seigneur avec la vigilance d'un soldat dans la nuit :

 

Je tiendrai bon à mon poste de garde,
Je resterai debout sur les retranchements.
Je guetterai pour voir ce qu'il dira contre moi
Et ce que je répondrai au rappel à l'ordre.
Le Seigneur m'a répondu, il m'a dit :
« Écris une vision3 ! »
 

Son attente n'est pas paisible : ce qui vient risque d'être douloureux. Mais la métaphore glisse de l'observation militaire à l'écoute, la réponse, l'écriture. L'œil, l'oreille, la main qui tient la plume s'entrelacent ; le texte évoque une vision, qu'il s'agit moins de regarder que d'écrire.

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