Arrêt sur images : la première, une photographie, inaugurale quant à ma relation aux animaux, remonte à 1947, année de ma naissance. Elle serait aujourd’hui montrée du doigt comme l’exemple même d’un comportement parental fautif : âgée de quelques mois, je dors dans mon berceau en compagnie d’une chatte couchée sur mes pieds. Certes, il ne s’agit pas d’une chatte quelconque, mais de Caroline qui a « gardé » la maison familiale désertée, rive droite de la Sèvre Niortaise à Marans, lorsque mon père était prisonnier de guerre en Allemagne et ma mère « évacuée » en Vendée. Une si bonne gardienne (la maison fut retrouvée intacte) ne pouvait que protéger un nourrisson. De ce lien originel avec Caroline, je n’ai aucun souvenir personnel, sinon sous forme de l’histoire racontée par mes parents et attestée par la photographie, ce qui n’interdit pas le travail souterrain des impressions sensorielles enfouies.
Les images suivantes, non photographiques, datent de mes quatre ou cinq ans et demeurent toujours vives en ma mémoire :
• Un énorme coq blanc échappé de la basse-cour familiale pourchasse la petite fille que je suis. Je tombe et je hurle.
• Une poule, saignée d’un coup de couteau bien ajusté par mon père, bat des ailes en se vidant lentement de son sang, attachée tête en bas au grillage clôturant le jardin. Je ferme les yeux pour ne pas la regarder et me réfugie dans ma chambre, mais je goûterai, avec grand plaisir, le plat préparé par ma mère.
• Un cheval tombé dans la rivière, en face de chez moi, se débat sans parvenir à remonter sur la rive. Je poursuis, en larmes, mon chemin vers l’école.
• Un chaton gris, tout chaud et sentant bon la paille, dort contre moi qui suis recluse dans mon lit pour cause de rougeole. Mon père vient de me le donner, il sera « mon » premier chat, Mitou, et ce que j’éprouve à son égard, sans savoir le penser encore, explosera, au fil de toutes les années qui suivront, en amour inconditionnel de ses congénères, ce qui n’exclura pas ma passion pour des animaux qui peuplent mon marais natal ou d’autres régions aimées.

 
Je prends conscience aujourd’hui de n’avoir jamais vécu sans présence animale intense, même si j’en étais séparée physiquement, comme ce fut le cas pendant la période de mes études.
 

 

Une présence « à la vie à la mort »

N’ayant jamais pratiqué la chasse et, encore moins, le safari, les animaux sauvages ou exotiques demeurent à distance de mes paysages intérieurs. Je les admire mais ne ressens pas envers eux la sympathie exponentielle, accompagnée d’un bien-être physique croissant, qui me gagne à la vue des troupeaux de vaches, de moutons et de chevaux rencontrés au cours de mes promenades estivales dans les Pyrénées espagnoles. Le plateau d’Aygues-Tortes demeure pour moi le lieu emblématique de cette présence animale débordante, inséparable de l’herbe grasse à perte de vue et des...
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