Nous vivons quotidiennement dans la complexité, sans en avoir toujours conscience, pour notre alimentation, notre logement, nos déplacements, nos achats, les services que nous sollicitons et la gestion de notre société elle-même.


La complexité de notre mode de vie

Au quotidien
• Notre yaourt aux fruits contient des matières premières qui ont parcouru 9 000 km au total. Il faut des moyens de transport, une chaîne du froid ininterrompue…
• Nous parcourons en moyenne 52 km aller-retour par jour pour nous rendre à notre travail : cela fait 11 000 km par an, soit dix fois la distance entre Lille et Marseille. Il faut donc des infrastructures, des moyens de transport, de l’énergie.
• Pour renouveler l’air de nos logements bien isolés, nous devons installer des systèmes de ventilation mécanique pourvus d’un moteur électrique. Il faut désormais un moteur pour aérer la maison.
• L’essentiel de nos vêtements provient d’autres continents : tous produits confondus, nous importons pour la totalité de notre consommation vingt tonnes de matières par an et par personne, de tous les pays du monde, soit un gros camion chacun. Il faut des commerciaux, des contrôles de qualité, des moyens de stockage.
• Pour échanger quelques paroles avec un voisin ou nos enfants, nous utilisons « tout simplement » les services de satellites qui gravitent à 36 000 km d’altitude. Il faut des fusées, des moyens informatiques, des stations de suivi.
• En 2012, le gouvernement français a envoyé 80 000 pages de circulaires aux préfets pour expliquer les modalités d’application des lois, alors que « nul n’est censé ignorer la loi ». Cette multiplication de textes dépasse nos capacités de lecture, même pour les plus rapides d’entre nous.


Les trois principes du système

Nous sommes dans un système où « tout se tient », et qui ne peut fonctionner qu’en augmentant sa propre complexité. Illustrons cela en appliquant à la société les trois principes de la pensée complexe, définis par Edgar Morin :
• Récursif : la cause est l’effet, et inversement. C’est, par exemple, la tendance des jeunes au début de leur vie professionnelle à chercher, pour des raisons financières, à acheter une maison loin des villes où ils travaillent, dans la « troisième couronne ». Comme ils sont de plus en plus nombreux, les collectivités locales développent leur offre de transports en commun. Une fois les trains et bus mis en place, ces moyens facilitent l’installation lointaine et la tendance initiale se renforce.
• Dialogique : un élément du système peut être – en même temps – ouvert et fermé, ou positif et négatif. Le fait, par exemple, qu’un maximum de jeunes poursuivent des études longues est en soi positif tant pour leur développement personnel que pour le capital total de connaissances de la société. En même temps, cette évolution est génératrice de frustrations pour ceux qui ne trouvent pas d’emploi correspondant à la...
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