Cerf, 2017, 224 p., 18 €.

Les récents débats de société autour de l'éthique et de la famille, les échéances électorales aussi, ont vu le retour d'un certain nombre de catholiques dans l'espace public. D'où le souci du philosophe Jean-Noël Dumont, fondateur du Collège supérieur, de donner quelques éléments de réflexion pour mieux refonder une « théologie politique » à leur usage, mais aussi éviter certaines dérives. Sans vouloir recréer une théocratie, il s'agit de proposer une « alternative catholique » en faisant « vivre au cœur de la Cité une communauté qui reconduit l'action à sa fin surnaturelle, ce qui est la source de toute liberté ». En ce sens, en insistant sur l'importance du signe donné par la communion eucharistique comme modèle d'un autre monde de fraternité et de paix, l'auteur se réclame des théologiens de la Radical Orthodoxy, en particulier de l'américain William Cavanaugh. Cette communion, cette alliance nouvelle invitent à agir dans l'Histoire. À un croyant pris entre marginalité et engagement, voire entre identité et enfouissement, il s'agit de redire que le principe du « Rendez à César… » introduit une distinction qui n'est pas de l'ordre de la séparation stricte, mais invite à honorer deux ordres de réalités. Pour autant, selon Dumont, « le catholique engagé en politique ne peut se donner pour tâche de construire une société chrétienne, pas plus qu'il ne peut espérer se placer sous la protection de l'État », ni d'ailleurs s'identifier à un territoire particulier, ajoute-t-il. D'où le rejet de toute tentation nationaliste, néomaurassienne, par exemple. Ce cadre défini, il s'agit de se battre pour la personne, le « sanctuaire de la conscience », le bien commun, la « création plus que la nature ». L'auteur poursuit sa réflexion par trois études intéressantes, parfois plus biographiques d'ailleurs, sur le libéralisme de Montalembert, la théologie de l'incarnation chère à Péguy et celle de Cavanaugh insistant sur la communion. Pour autant, même avec toutes ces nuances pertinentes apportées ici, le mot « alternative » ne se départit pas de toutes les ambiguïtés. Il peut continuer à résonner pour certains comme une forme de « contre-société », voire de communautarisme. Reste enfin qu'il faut bien continuer à travailler au coude à coude en société, au jour le jour, avec tous ceux qui ne partagent pas nos convictions.