Étrange relation que la relation hiérarchique, dissymétrique, où l'un est en droit de demander du travail à un autre, parfois de le sanctionner ou de le licencier (dans les limites du droit). En faire une relation d'authentique reconnaissance mutuelle n'est pas évident, d'autant plus que chacun vit cette relation avec son tempérament.

Je pense à une ancienne collègue qui détestait ses patrons (dont moi) simplement parce qu'ils étaient patrons. Installée dans sa haine, elle se croyait ainsi protégée. Avec elle, mes tentatives de relation harmonieuse ne recevaient aucun retour. Je me suis alors interrogé sur la jouissance que j'avais dans l'exercice du pouvoir : ma manière de faire était-elle au service du bien commun, ou visait-elle à rassurer un ego de manager ? Je me suis aussi interrogé sur les différences de salaire qu'il y avait entre elle et moi. Y avait-il pour elle un motif de jalousie inconsciente ? Et moi, mon usage de l'argent me fait-il esquiver une fraternité avec ceux qui gagnent moins que moi (ou bien avec ceux qui gagnent plus) ? Je suis fier de gagner de l'argent, mais de qui l'argent me rend-il proche, de qui m'éloigne-t-il ? Alors je demande à Notre Père d'apprendre la liberté par rapport à l'argent. Qu'il me laisse libre avec les puissants et fraternel avec les plus modestes.

À travers tout cela, j'ai cheminé, et j'ai prié sur cette relation. L'épisode de Jésus et du Centurion m'a rappelé que ce ne sont pas les pouvoirs hiérarchiques, mais de se recevoir du Père des cieux qui donne le pouvoir de communiquer la vie. Mes liens avec cette femme se sont légèrement améliorés, tout en restant rugueux. Pas facile de faire grandir ces relations hiérarchiques, qui sont aussi intenses. Cela demande une croissance de notre maturité. Il faut aussi tenir compte de la fragilité de l'autre, de sa capacité ou non à accepter une relation plus mûre.