Toute autorité, individuelle ou collective (tel un Conseil des ministres), qui s’affronte à des libertés publiques, s’appelle « gouvernement ». La pratique gouvernementale est un acte cybernétique ; elle réagit aux rapports de forces par des décisions contraignantes qui s’imposent à une population sur un territoire. La pratique gouvernementale se confond malheureusement de plus en plus avec l’acte législatif chargé de créer un cadre juridique pour la vie en société. En souffre l’autorité de la loi réduite à n’être qu’un instrument de gouvernement.
La pratique gouvernementale, comme toute décision, repose sur des arbitrages, c’est-à-dire sur des préférences données à certaines options (toujours porteuses d’intérêts particuliers) et sanctionnées par le sacrifice d’autres options. Cette pratique s’affronte nécessairement au réel qui remet en question les matrices de pensée, d’évaluation et d’action des gouvernants ; car tout acte politique reflète les limites de l’idéologie du gouvernant et se heurte aux contradictions de la vie en société. C’est la raison pour laquelle l’exemple des politiques passées est un peigne pour chauve, et qui ne sert à rien ; car les circonstances, aussi semblables puissent-elles paraître, ont toujours quelque chose de singulier. Du coup, passer du gouvernement des hommes à l’administration des choses, voilà un mythe positiviste dangereux car fauteur de violence légale.
Concrètement, la pratique gouvernementale est prise dans une triple contradiction : pouvoir et autorité, intérêt général et bien commun, justice et équité.

 

Pouvoir et autorité



La politique consiste dans l’exercice d’un pouvoir qui se déploie dans le champ d’une société complexe aux logiques disparates. Du coup, le pouvoir politique n’est pas simplement la force contraignante qui oblige les citoyens, seuls ou associés, à se soumettre à la volonté du gouvernement. Il est surtout la capacité de rendre incertain l’avenir des partenaires politiques (partis, groupements, opinion publique). Comme disait Metternich, cet homme d’État autrichien qui manipula le Congrès de Vienne pour dépecer l’Empire napoléonien, le secret du pouvoir est de détenir davantage d’options que ses partenaires.
Le pouvoir est au service d’objectifs que le gouvernement distingue soigneusement de la légitimité. L’objectif est le but poursuivi, but à finalités diverses : développement économique, sécurité publique, écologie naturelle et/ou humaine ; mais aussi – moins avouable – plaisir de dominer, appétit pour la richesse, gratifications diverses. La légitimité, en revanche, est l’acceptation publique qui autorise l’accès et le maintien au pouvoir ; ce qui peut contraindre à cacher certains objectifs – parfois légitimes – qui, dévoilés, bloqueraient l’exercice du pouvoir ; ainsi, certaines propositions de lois sont soumises au vote de l’Assemblée selon la « t...

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