Marcellin Theeuwes, chartreux

L'itinérance, ce trait primitif et toujours actuel de l'être humain, n'est pas contredite par le choix que font certains de la stabilité dans la vie monastique comme chemin pour se donner à Dieu. Ces hommes et ces femmes ne signifient-ils pas, par leur mode d'existence, que la vie intérieure est un cheminement sans fin ?

La vie est un mouvement. Continuellement en croissance et en expansion. Nous ne pouvons pas en toucher la fin ou les limites. Elle est un transcendant. Les vivants également sont en mouvement. Ils naissent, croissent et meurent. Ils se meuvent dans le temps, ils migrent dans l'espace. Vont d'un point à un autre et ne cessent jamais de se déplacer. Nombreux sont les mouvements migratoires du monde animal, sur le sol ferme, dans les airs et dans les eaux.

L'homme est le vivant qui, par la conscience qu'il a de lui-même et de son monde, peut prendre en main le mouvement de la vie, lui donner un sens. Sa mouvance et ses migrations ont une finalité. Et voilà que le mouvement de la vie devient histoire. Les plus anciens vestiges de l'homme nous montrent qu'il avait l'habitude d'aller d'un lieu à un autre, soit pour fuir les éléments, soit pour s'assurer une subsistance, soit encore pour aller à la conquête de nouveaux territoires. Il a toujours oscillé entre nomadisme et sédentarisation, entre fixité territoriale et migration. Encore aujourd'hui, au moment où la question des migrants se pose, nous reconnaissons surtout trois motifs qui poussent les peuples ou les individus à se déplacer. D'abord, le désir d'un avenir meilleur ; ensuite, la fuite devant l'occupant injuste et violent ; enfin, la conquête de nouveaux espaces. Dans ce dernier motif, nous ne reconnaissons pas seulement les mouvements migratoires sur le globe, mais aussi la volonté de l'homme d'explorer les espaces interstellaires.

Des vies itinérantes
Abraham, celui qui a quitté son pays

L'Écriture sainte fait sienne ce trait primitif et toujours actuel de l'être humain et nous décrit la révélation comme un mouvement : Dieu qui vient vers l'homme et l'homme qui est appelé à aller vers Dieu. Pour la Bible, la vie est essentiellement un chemin. Un chemin qui, à cause de la libre volonté de l'homme et de l'appel à s'autodéterminer, n'est pas nécessairement un mouvement rectiligne vers l'avant, mais un chemin où se dressent des obstacles et sur lequel, parfois même, il peut reculer. Lorsque l'Ancien Testament nous parle du chemin, il vise le plus souvent celui qui doit aboutir à Dieu et au lieu où il habite plus spécial...

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