La maladie débute toujours de la même manière, par une liste de toutes les pertes. Ceux qui croient en Dieu se tournent vers lui pour lui parler. Mais que lui demande-t-on ? Que lui confie-t-on ?

On dit qu'on « tombe » malade. Quelle expression singulière pour exprimer ce que représente la maladie, et spécialement la maladie grave. L'Organisation mondiale de la santé (OMS), la définit en négatif, comme « l'absence de santé ». La philosophe Claire Marin s'oppose à cette vision de la maladie, qui ne serait que l'envers d'une normalité. Pour elle, la maladie grave est « une expérience totale qui bouleverse tous les liens, tous les marqueurs de l'identité, tous les aspects de son existence, une puissance modificatrice à laquelle rien ne résiste1 ». Chute, absence ou expérience totale, quand on lit des récits de malades, on se rend compte que la maladie débute toujours de la même manière, par une liste de toutes les pertes. Le corps n'obéit plus et le malade ne se reconnaît plus dans ce qu'il croyait être son identité. Il se réduit désormais à une pathologie. Il ne dispose plus de son autonomie, de sa liberté, de la gestion de son temps. Il n'est plus décisionnaire. La maladie modifie les rapports sociaux, professionnels et familiaux. Elle entre dans le quotidien. On ne la maîtrise pas. Le malade est en chute libre et ne sait à quoi se rattraper.

Comment parle-t-on à Dieu quand on est malade ?

Ceux qui sont croyants se tournent alors vers Dieu. Lui, on ne peut pas le perdre, pensent-ils. Il est l'élément stable au milieu de la chute. Mais comment parle-t-on à Dieu quand on est malade ? Qu'est-ce qu'on lui demande ? Que lui confie-t-on ? Les psaumes, par exemple, sont une des voies à emprunter, prière collective de ceux qui ont affronté l'adversité avant nous, cri individuel, mémoire d'un Dieu qui entend et qui sauve. Mais il existe aussi des chemins de traverse, comme ces groupes de prière qui se mettent en place spontanément sur les réseaux sociaux. Ces prières-là sont comme ces « sentiers noirs » chers à l'explorateur Sylvain Tesson. Ils évitent les grandes routes et nous entraînent ailleurs.

J'ai consulté mon téléphone. Dans l'application WhatsApp, j'avais trois groupes de prière organisés par et autour de trois malades. Les groupes WhatsApp fonctionnent sur les smartphones et offrent la possibilité d'entrer dans une « conversation » fermée. Prière qui se déploie jour après jour, les contributions de chacun se répondent et se complètent. On ne lit que ce qui est immédiat. Il suffit alors de remonter dans l'historique de la « conversation » pour découvrir un témoignage, fil instantané de prières au cœur de la maladie. Le plus vieux des trois groupes auxquels j'avais été conviée avait démarré deux ans et demi plus tôt. C'est sur celui-là que j'ai concentré ma recherche. La première contribution de ce...

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