LEO J. O’DONOVAN S.J. Théologien, New-York.Dernier article paru dans Christus : « Mère Teresa : une mystique de la Rédemption » (n° 220, octobre 2008).Cet article a été traduit par Dominique Salin.


Il y a vingt ans, je me suis rendu, avec deux autres jésuites, de Bangkok à la frontière cambodgienne pour visiter Site II, le célèbre camp de réfugiés cambodgiens. J’étais responsable, à l’époque, de la formation des jeunes jésuites de ma province. Comme j’avais envoyé plusieurs d’entre eux travailler dans ce camp, je voulais les voir à l’oeuvre sur le terrain. Ce fut un choc, accablant et réconfor­tant à la fois.Le camp s’étendait sur un quadrillage parfait de rues de largeurs différentes. Un des premiers endroits visités fut l’hôpital à ciel ouvert où travaillait un jeune jésuite. Son équipement était on ne peut plus sommaire. Pourtant, des centaines de bébés y naissaient chaque année, dans des conditions d’hygiène irréprochables (le « bâtiment » n’avait pas de murs en dur). Ailleurs dans le camp, de simples mais solides abris de bois servaient d’écoles, de centre administratif (avec une mairie), de salle de spectacle. Un gros camion citerne apportait régulièrement de l’eau pure, qui faisait totalement défaut dans le camp. On distribuait aussi régulièrement du riz. Dans la soirée, les visiteurs se virent offrir une tasse de thé avec les responsables de Site II. Plusieurs d’entre eux, comme nombre de leurs camarades réfugiés, avaient perdu un membre, totalement ou en partie, lors d’un combat de l’autre côté de la frontière. Avec une population de 120 000 personnes, c’était, après Phnom Penh, la seconde ville cambodgienne du monde ; on était accablé par sa pauvreté, mais elle constituait un extraordinaire témoignage de la dignité et de la capacité de résilience du coeur humain.
À l’époque, alors que la guerre froide prenait fin de manière aussi soudaine qu’inattendue, je ne savais pas à quel stade de déve­loppement de l’histoire des réfugiés correspondait ce camp ; je ne pouvais pas non plus savoir comment allait évoluer cette histoire dans les décennies à venir.
 

Le statut de réfugié


C’est au XXe siècle qu’a vu le jour, au niveau international, une politique des réfugiés. En 1921, la Société des Nations créa un Haut Commissariat aux Réfugiés (UNHCR) dirigé par le Norvégien Fridjoft Nansen, qui devint, à sa mort en 1930, le Bureau Internatio­nal Nansen pour les Réfugiés. La Société des Nations créa également, dans les années trente, un commissariat pour la représentation des réfugiés allemands : ce fut un échec lamentable.
 
L’après-guerre
Après la guerre, s’ouvrit une première époque dans la prise en charge des réfugiés, jusqu’au milieu des années cinquante. Du­rant cette décennie, les Nations Unies mirent en place plusieurs organisations pour ven...
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