Quand, il y a six ans, furent éditées les OEuvres de ce frère, certains se sont étonnés que l'on ait peu noté que cet homme avait vécu en un temps de transition sociale et religieusèTTe xviie siècle et notre époque ne sont pas sans analogies. Comme lui hier, nous vivons aujourd'hui de profondes ruptures. Nous sommes invités à renouveler nos représentations et à trouver de nouveaux repères. Cette conviction qui n'est, bien sûr, qu'une hypothèse nous permet de nous tourner vers Nicolas Barré et de l'interroger. Mais il importe de nous laisser surprendre, car, finalement, c'est un minime que nous allons découvrir : un chercheur de Dieu, un missionnaire auprès des pauvres, un fondateur épris de liberté 1.
 

UN CHERCHEUR DE DIEU


Lorsque Nicolas Barré entre chez les minimes en 1640, son intention est de suivre le Christ en vivant l'Evangile à la manière de François de Paule, leur fondateur. Ces deux hommes sont épris d'absolu. Dans l'Evangile, ce qui les séduit par-dessus tout, c'est la passion, la passion de la croix, la passion de l'amour. En vrais pauvres, ils mettent toute leur confiance en Dieu. Selon leur quatrième voeu, ils pratiquent le jeûne perpétuel « qui purifie l'entendement, élève les sens, et rend le coeur contrit et humilié ». Mais ils ne veulent cette vie de pénitence que « pour l'amour de Celui qui a voulu mourir en croix pour nous ». Ainsi est-il écrit en tête de la deuxième et de la troisième règle : « In nomine Cruxifixi », et cette expression se retrouve sous la plume du frère.
 

Les premiers enthousiasmes mystiques


Mais que serait le jeûne sans l'oraison ? Ascèse et mystique sont soeurs dans la vie de François de Paule ; elles le sont aussi chez son disciple. Si, dans les textes des minimes, on ne trouve pas à proprement parler une méthode d'oraison, le chapitre septième de la première règle propose une merveilleuse échelle : « Parce que l'oraison est bonne avec le jeûne, les frères n'omettront pas de s'adonner à la dévotion et à l'oraison, unissant le sens aux paroles, le sentiment au sens, l'exultation au sentiment, la maturité à l'exultation, l'humilité à la maturité, la liberté à l'humilité. » Tout serait à mettre en valeur dans ce texte capital qui invite le religieux à tendre à la contemplation où, saisissant mieux l'action de Dieu, il perçoit du même coup son propre néant son incapacité foncière. L'humilité apparaît ici comme un don de Dieu qui rend libre d'aimer. Comment, dès lors, ne pas percevoir toute la portée du blason de l'ordre où le mot « caritas » est enveloppé de flammes ?
C'est une voie magnifique que celle proposée aux minimes. Barré la suit et la fait suivre. Ses maximes en sont un fidèle écho :
 
« La bonne oraison et la bonne mortification vont toujours d'un pas égal. Elles vont toutes deux à la destruction de soi-même et à la dilatati...
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