En Europe, nous sommes tous confrontés à une explosion des migrations, qui affectera inévitablement notre avenir. Nous sommes touchés, comme les migrants eux-mêmes, là où nous ne voudrions pas, dans notre origine même. Nous la tenons des autres, de leur amour ou de leur jouissance de la vie. Peut-être alors pouvons-nous entendre et lire un appel de l'Esprit au cœur de cette situation violente et passionnelle.

L'espoir de vivre fait prendre des risques inouïs. Le contexte grec montre que, si le sentiment de débordement y est réel, il engendre aussi une liberté nouvelle chez ceux qui accueillent. C'est l'histoire d'Abraham qui se répète : l'écoute de la promesse divine le met en route, et l'hospitalité qu'il réserve aux hôtes étrangers engendrera, dans le rire et les risques, un peuple nouveau. La migration est un chemin de foi qui fait de celle-ci une migration. De campement en campement, telle est la marche du peuple de Dieu, toujours tenté de transformer en sécurités les dons que Dieu lui fait pour que tous en vivent, nous disent les Pères de l'Église. La migration se fait même intérieure chez le moine, que son vœu de stabilité engage à une disponibilité intérieure radicale et à un combat intérieur constant contre les forces de repli. Aujourd'hui, « aller aux périphéries » est la migration proposée aux chrétiens. Quelles initiatives appelle l'expérience des migrants ? Dans ces déplacements nécessaires, qu'est-ce qui fait aller de l'avant et suscite une joie qui l'emporte sur tout le reste ?

Aller vers l'étranger concerne chacun de nous dans les diverses étapes de sa vie, où la capacité à se séparer et à affronter la solitude et la peur est la condition pour rencontrer l'autre et qu'advienne le « je ». La fondation d'un lieu comme Taizé n'aurait pas vu le jour sans la capacité de Frère Roger à quitter les terrains connus. La vieille histoire de Ruth dans la Bible rappelle que la fidélité à l'amour de l'autre est plus forte et féconde que la fidélité aux traditions et valeurs identitaires. L'histoire de l'Église montre combien notre Histoire sainte est une histoire de migration. Au fondement de cette expérience, la force de l'Esprit de Pentecôte fait entendre une chance, non pas un désastre ou un déclin (Rm 8,22 et suivantes).