Bayard, 2021, 192 p., 18,90 €.

Jésuite, théologien, spécialiste de l'histoire de la spiritualité, Patrick C. Goujon livre ici un ouvrage très abordable et riche à la fois sur la méditation chrétienne. Quinze courts chapitres y tissent constamment trois fils. « La méditation est le chemin par lequel Dieu vient à nous » : comment l'emprunter, y demeurer, y revenir ? Quelles rencontres y fait-on ? Quelle connaissance de Dieu s'y donne ? Le lecteur trouvera là des indications pratiques simples et connues, mais toujours précieuses. Elles aident à se mettre en vérité devant le Seigneur, à trouver le silence et l'écoute, à accueillir cette mystérieuse présence à soi-même où s'échangent désirs, reconnaissance, demandes, confiance… Tout ce qui lui découvre et approfondit en lui ce dialogue intérieur balbutiant et ouvert, jamais maîtrisé, qu'est la méditation chrétienne. Là se donnent peu à peu les éléments et le goût d'un discernement qui éclairent, purifient et mobilisent sa propre expérience intérieure, en lui découvrant la saveur de l'amour de Dieu dans le soin que le Créateur prend quotidiennement de sa vie. La méditation est un chemin de libération intérieure où Dieu ne manque pas de rejoindre et surprendre celui qui s'y risque avec foi, ouvrant toute son intériorité au silence et au goût de sa présence.

Un deuxième fil organise et unifie les pages du livre, celui de la Parole dans laquelle Dieu se donne et se révèle aux hommes. Issue de l'Écriture, elle est aussi la Parole écoutée, incarnée et exprimée dans toute la tradition spirituelle chrétienne. « Dieu ne parle que par les paroles humaines » (p. 10). C'est peut-être la part la plus riche et originale du propos et du style du père Goujon. L'auteur se fait ici lecteur et auditeur de la Parole, telle qu'elle résonne dans la culture qui est la sienne. Et, à la manière d'un accompagnateur éprouvé, au fil des situations intérieures qu'il évoque, il glisse discrètement telle ou telle citation nourrissante, et éclairante, parce que c'est cette Parole qui retentit en lui à ce moment-là. C'est exactement ce qui se passe dans le dialogue intérieur de la méditation. On s'arrête sur une scène ou une parole d'évangile, ou sur une rencontre vécue, ou sur tel trait d'une image qu'on contemple ou encore telle sonorité d'une musique qu'on écoute et, nous laissant prendre par cette attention intérieure, voici qu'une autre parole évangélique ou biblique, ou la mémoire d'une autre rencontre personnelle ou rapportée, ou tel récit d'expérience spirituelle, vient donner de l'ampleur, du fond, de la lumière, de la portée à notre propre expérience. Cette heureuse fécondité nourrit notre foi, réconforte notre cœur et nous change en douceur. Elle nous recrée, elle « nous porte et nous soutient », intérieurement et en Église, plus encore que nous ne la portons.

L'enjeu de la méditation chrétienne sur la vie quotidienne tisse un troisième fil essentiel. Méditer régulièrement rythme et ralentit un temps devenu de plus en plus compact et rapide, en l'ouvrant au temps plus paisible d'une rencontre intérieure, avec soi-même et avec Dieu. Un temps qui prend son temps et donne sens et poids à l'aujourd'hui de Dieu. « C'est aujourd'hui que Dieu invite à croire qu'on est aimé », qu'il frappe à notre porte pour s'asseoir avec nous et prendre la cène avec nous (Ap 3,20). Ne pas y croire nous perd dans les flots d'un temps subi où nous ne trouvons plus notre assise. Y croire ne donne aucune maîtrise illusoire, mais rend notre regard accueillant et bienveillant pour la vie et le monde, car c'est ce monde-ci et pas un autre que Dieu choisit quotidiennement de sauver en y révélant le visage d'amour de son Fils. Méditer, c'est, comme Marie, accueillir la vie et l'amour qui nous rendent humbles et féconds. C'est, comme les disciples et Paul, croire à l'insignifiance d'un appel qui dynamise et commence une vie nouvelle, reçue et choisie. C'est ainsi que prend corps l'espérance d'une vie plus simple et aimante. Dans ce beau livre, le père Goujon nous rappelle que la vie spirituelle ne vise pas l'excellence d'une prière parfaite. Elle vise la « charité », la pratique de cet amour divin qui nous relie en toute justice les uns aux autres, au-delà de la mort.

On aura joie profonde aussi à lire le livre tel qu'il se présente très simplement, comme une prière, comme une rencontre humble et vraie du Seigneur qu'on désire suivre au quotidien.