J’exerce la médecine de façon très particulière, en milieu scolaire, où il y a très peu de colloques singuliers. Il s’agit d’œuvrer pour qu’un enfant/adolescent, au sein de son lieu de vie qu’est l’école, avec la communauté qui l’entoure, puisse trouver un lieu d’épanouissement, quels que soient son état de santé physique et psychique et ses conditions de vie sociale et familiale. Cela nécessite de travailler en communauté, avec tous les intervenants autour de l’enfant : ses parents, l’équipe enseignante, ses pairs, les soignants et parfois les services sociaux.
Comme membre de la Communauté Vie Chrétienne, la relecture de mes journées à la lumière des paroles du Christ est un moyen privilégié de voir les traces du Royaume présent et à construire.

 Veiller à créer des liens

L’école est un lieu constructeur pour la maturation de l’enfant. C’est même le lieu principal de sa socialisation, de son appartenance au monde plus vaste que sa famille ; c’est là qu’il va créer des liens en dehors de son petit cercle familial, qu’il va se développer, en interaction avec les autres. Une particulière vigilance est donc nécessaire pour favoriser ce développement harmonieux. Mais la réussite de cette harmonie est soumise à bien des aléas liés tant à l’environnement de l’enfant (familial, social, institutionnel) qu’à son histoire personnelle.

Face à l’enfant souffrant

Pour certains enfants, l’école (de la maternelle au lycée) est le lieu où la différence (handicap, maladie psychique, etc.) va pouvoir être repérée, et la confrontation avec le cadre de la collectivité va faire prendre conscience aux parents que leur enfant est en difficulté, qu’il manifeste des signes de souffrance. D’autres arrivent avec un diagnostic de maladie déjà établi : l’enjeu consiste alors à ce qu’ils y trouvent toute leur place. Mais la confrontation au monde très « normatif » qu’est l’école peut par elle-même générer beaucoup de souffrances : celle de l’enfant qui se sent « décalé », celle des parents qui ont un enfant différent, malade ou psychologiquement fragile, celle de ses camarades qui ne savent pas comment être avec lui, celle de l’enseignant, tiraillé entre ses « principes » pédagogiques et la nécessité d’avoir un objectif cohérent en fonction des possibilités de l’enfant, et qui, lui aussi, ne sait pas comment s’y prendre. 

Face à l’inquiétude des équipes pédagogiques

Lorsque les équipes sont confrontées à un enfant qui les inquiète, elles font appel au médecin de l’Éducation nationale.
Selon l’urgence de la situation, le médecin rencontre l’enfant avec ses parents, ou ceux-ci dans un deuxième temps. Il évalue la situation en faisant la part de ce qui revient éventuellement à une pathologie et pose les premières étapes d’un diagnostic. Il adresse alors l’enfant au médecin traitant, à un centre de soins (CMP, CMPP, hôpital) ou à un spécialiste en ville. Cette étape peut prendre plusie...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.