Marie dans les Ecritures... Qui a fait un jour l'inventaire des versets qui parlent d'elle dans les Evangiles et le reste du Nouveau Testament n'a pas manqué d'être saisi. Quelques mentions regroupées presque toutes au début des évangiles de Matthieu et de Luc, deux scènes de l'évangile de Jean (2 et 19) qui mettent en scène la « mère de Jésus » : c'est là le tout, avec quelques autres rares allusions, du témoignage des Ecritures à son sujet. Cette faible présence fait évidemment un impressionnant contraste avec l'immense tradition de récits, d'images, de dévotions, dont vingt siècles de christianisme ont paré la figure de Marie. Une interprétation simplement critique condura aux effets d'une piété exubérante qui a fait proliférer les mots et les images d'autant plus facilement que l'Ecriture restait sobre et discrète. Mais c'est là se suffire d'une pensée un peu courte. On peut penser, au contraire, que, s'il en est ainsi, c'est que l'Evangile du Christ avait besoin, pour prendre corps, de ce centre silencieux, maternel, maternellement silendeux, qu'est Marie.
Ce silence du coeur de Marie est comme la matrice de la Bonne Nouvelle chrétienne. « Marie gardait en son coeur toutes ces choses », atteste le texte en commentaire des rédts de l'enfance Ces mots précisément inspiraient il y a peu à Vladimir Zielinsky la pensée que « la Tradition naît du silence de Dieu accumulé dans le coeur de Marie » et que l'évangile de Jean, en particulier ses lettres, l'Apocalypse, étaient « le silence du coeur de Marie " transformé " en paroles, " développé * en images... » 1. Mais ce silence de Marie nous renvoie aussi vers son amont, en direction de la mémoire d'Israël, vers les siècles de la préparation, sans lesquels — l'Evangile en témoigne — il n'y a pas d'intelligence possible du mystère du salut. Pas non plus, donc, de connaissance plénière de Marie.
Cette attention aux enracinements de la mère de Jésus dans les textes bibliques reste aujourd'hui peu familière aux chrétiens, même si Lumen Gentium fait une bonne place à l'Anden Testament dans sa méditation sur Marie dans l'économie du salut, même si le document récent du groupe des Dombes consacré à Marie évoque le témoignage des Ecritures. Alors que des voix juives s'élèvent pour dire leur proximité avec Marie, le christianisme connaît peu Marie comme fille d'Israël. Et quand on s'en préoccupe, il arrive que ce soit seulement pour prouver que Marie n'est qu'une figure de composition, faite de réminiscences de l'Anden Testament destinées à donner consistance à un rôle qui, historiquement, aurait été insignifiant.
On voudrait suggérer id, à l'inverse, que celle qu'honore la foi de l'Eglise n'est pas déduite des Ecritures d'Israël par le jeu d'un discours théologique, mais qu'elle est, bien plutôt, l'épanouissement d'une longue histoire qui implique celle des femmes d'Israël, engage aussi tout le travail de pédagogie spirituelle que représente l'élec...

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