Quelle est ma vraie place devant Dieu et parmi les frères ? Cette question se pose pour de multiples raisons. Il est fatigant de tenir une place qui n'est pas juste, d'être en représentation, de tenir un rôle pour lequel on n'est pas fait, de n'être pas soi. Or saint Paul ose dire : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. » Et le retraitant, dans les Exercices spirituels, est invité non seulement à demander la grâce de « connaître le Christ qui pour moi s'est fait homme », mais à ressentir de la douleur avec le Christ douloureux, à éprouver de la joie pour tant de gloire et de joie du Christ notre Seigneur. Ne court-on pas ainsi le risque de se prendre pour le Christ, de s'identifier à lui, de se mettre symboliquement à une place intenable, tant dans le rapport à Dieu que dans le rapport aux autres ?
De même, l'invitation à se reconnaître pécheur ne conduit-elle pas à une humiliation excessive, à une déconsidération de soi-même ?-Les expressions d'Ignace comme : « Regarder toute ma corruption et ma laideur corporelle, me regarder comme une plaie et un abcès d'où sont sortis tant de péchés et tant de méchancetés, et un poison ignoble » (58), ne sont-elles pas outrancières, comme s'il fallait noircir le tableau pour faire sortir le retraitant de sa torpeur et de sa bonne conscience. Mais, ce disant, ne vide-t-on pas de sens et de vigueur les expressions d'Ignace ?
Eclairons ces questions à partir du parcours qu'Ignace propose au retraitant dans les Exercices. La notion de place se veut ici très concrète : où le retraitant se met-il symboliquement dans les contemplations ? Où le texte d'Ignace l'invite-t-il à se mettre ?


Principe et Fondement


Dans le Principe et Fondement (23), le retraitant découvre qu'il n'est pas à l'origine de lui-même, « auto-créé », et qu'il doit mener sa vie à partir de rien. Il est habité par un désir qui vient de plus loin que lui. Il est créé pour louer (faire honneur à la vie que Dieu donne en étant à son tour créateur, nommer ténèbres et lumières, distinguer jours et nuits, cultiver la terre), pour le respecter (lui et moi, ce n'est pas pareil) et le servir dans le concret de son existence. Le retraitant est donc à une place qui ne le met pas au même rang que toutes les choses sur la face de la terre, choses faites pour être utilisées ou laissées de côté, selon le service qu'elles peuvent rendre. Les choses et les animaux sont au service de l'homme pour l'aider à réaliser ce pour quoi il est créé : il ne peut pas être rangé parmi eux. Il a du prix aux yeux de Dieu : il est acteur, interlocuteur d'une parole et d'un projet, appelé à inventer des relations et à obéir (écouter et agir).
Le retraitant s'ouvre à plus large que lui. Il entend le projet de salut de Dieu et ses conséquences sur le sens de sa vie personnelle et collective, sur l'enjeu des relations humaines.


Première semaine


Avant d'aborder le conte...
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