A la fin de ce dossier où les « autres baptisés » se sont largement exprimés à notre sujet, je ne veux pas laisser passer l'occasion de vous dire personnellement tout ce que je vous dois. Comment en effet parler abstraitement de la communion entre laïcs et religieux sans faire mémoire de tant de visages où elle se manifeste et, singulièrement, de votre foyer ?
Permettez-moi de vous le dire : je vous suis immensément redevable, déjà pour la prière, pour l'exemple et pour les recommencements de la passion. Bien sûr, nos vies sont différentes, et vous ne trouvez pas, comme moi, l'occasion de ces célébrations fréquentes, ni toutes ces heures de lecture ou d'oraison, moins encore ces vacances spirituelles répétées (éreintantes, mais chut !) que nous appelons « retraites » et « récollections ». Mais qui peut, comme chacun de vous, se rendre disponible à l'autre sans reste, veiller jour et nuit au bien de vos enfants, recommencer sans fin à donner et à pardonner ? Comment le pourrions-nous, de notre côté, sans regarder vers vous ?
Quand je pense à votre histoire sainte, dont je ne connais qu'une part, j'évoque d'abord ce qu'a représenté pour vous, au temps béni de notre jeunesse commune, l'engagement dans le sacrement du mariage : cette confiance que vous avez voulu faire au Christ, au-delà de vos enthousiasmes et de vos peurs, dans l'assurance d'être donnés à lui l'un par l'autre. Et quand vous avez pu transmettre la vie à votre tour, n'ai-je rien deviné de ce qu'il vous en a coûté pour qu'advienne dans la joie votre premier enfant ? Que dire de ses premiers mois, où tout s'est approfondi de votre donation ? Chaque naissance fut ainsi l'occasion, à mes yeux étonnés, d'un don plus âpre parfois, nouveau toujours. Vos enfants écriront un jour l'histoire d'une passion qui se fit tendresse sans cesser d'être amour ; je dois, en témoin bienheureux, en demeurer là. La vie professionnelle, de plus en plus astreignante, vous a conduits à ouvrir des voies dans le domaine social et politique où je n'ai pu vous suivre que de loin. J'ai aimé votre vaillance au travail, et votre dévouement. J'ai vu vos efforts pour témoigner du Christ, avec ou sans paroles, en des lieux difficiles, qui étaient parfois des lieux ecclésiaux. Votre générosité dans l'accueil des pauvres m'a souvent confondue : vous avez ouvert votre coeur et parfois votre maison quand nous étions, dans nos petites communautés confortables, prises à nos jeux de clés — car le pouvoir des clés grandit, dans la vie religieuse, avec la fermeture de toutes les issues par où l'on pourrait être dérangé...
Vous avez goûté aux nouveaux mouvements d'Eglise, sans toujours vous y retrouver. Votre dévotion craignait l'ostentatoire, et votre choix s'est ancré dans l'adoration silencieuse du Coeur livré. Vous avez affronté les médias, par la plume et parfois par l'image, sans toujours vous faire comprendre d'adversaires fort bien préparés. Vous vous êtes longuement demandé comment aider...
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