Moines, religieux et consacrés sont, dans l'Eglise de ce temps, confrontés à de nouveaux défis, dans leur désir de vivre l'Annonce et de rendre témoignage au Christ ressuscité. Dans cette chronique à plusieurs voix, certains d'entre eux racontent ce qui change, dans la visée de la mission comme dans la manière de l'entreprendre, en lien étroit avec les membres d'autres instituts ou avec des laïcs vivant d'une même spiritualité.


A Hérouville Saint Clair, dans la banlieue de Caen, nous formons une petite communauté religieuse installée dans deux appartements. Nous sommes simplement là, présence fraternelle au coeur d'une cité dont le taux de HLM est important. Notre présence est d'abord présence de prière, avec une particularité : elle est visible. Le matin, le midi, le soir, nous vivons la prière communautaire dans l'église de la ville, comme un espace ouvert à tous.
Dès le début, des gens nous ont rejointes, aussi bien pour les offices que pour les temps d'oraison silencieuse. Signe que le besoin d'une vie de prière, d'un endroit où se poser, d'un espace de silence et de recueillement est autant nécessaire dans nos vertes campagnes que dans l'anonymat des villes. Signe aussi d'un besoin d'être ensemble pour se tourner vers un Autre. Combien de ceux qui viennent nous ont dit leur joie de pouvoir disposer au coeur de la ville d'un tel espace ! Nous ne sommes pas engagées dans une initiation ou une formation à la prière : simplement, nous assurons une présence au long des jours. Ceux qui viennent, régulièrement ou non, sont divers : pères et mères de famille au travail, personnes seules dont la solitude est souvent lourde à porter, personnes souffrant de maladies psychiques et dont la vie sociale est difficile... Ensemble, nous prions, nous portons devant le Seigneur nos vies, la vie de la ville et du monde, la vie de ceux que nous rencontrons. Ensemble, nous nous abreuvons à la source des Psaumes dont l'humanité exposée peut parler à la nôtre aujourd'hui. C'est un espace gratuit qui appartient à la vie de l'Eglise.

Au coeur de la ville, notre présence se veut aussi fraternelle. Comme communauté religieuse, nous tentons d'ouvrir des chemins de fraternité : nous sommes soeurs. Dans la vie urbaine contemporaine, ce que nous tentons de vivre est une attente pour beaucoup. Notre communauté se veut ainsi espace ouvert au partage, à l'amitié, à la fraternité. A Hérouville, comme dans tant d'autres banlieues ou villes, la solitude est grande, les itinéraires souvent chaotiques, les vies parfois douloureuses à porter. Le besoin d'amitié simple, de chemin fraternel, de lieu où parler et partager est fort. Et les propositions plus formelles en ce sens peuvent faire peur ou mettre mal à l'aise.
Nous avons donc assez souvent du monde à notre table, ou bien nous sommes invitées, toutes ensemble, comme communauté. Et il n'est pas rare qu'au cours du repas on en vienne à parler de poid...
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