Pourquoi sommes-nous si nombreux à associer christianisme et morosité ? Après tout, la joie n’est-elle pas ce que nous expérimenterons quand nous serons accueillis au Ciel ? Nous serons peut-être même pris d’un éclat de rire quand nous rencontrerons Dieu. La joie qui caractérise les personnes proches de Dieu est non seulement un signe de confiance en lui mais aussi, dans l’Écriture, tant pour les juifs que pour les chrétiens, une marque de gratitude. L’humour est également une exigence de la vie spirituelle essentielle, mais négligée. La plupart des saints, par exemple, avaient un très grand sens de l’humour et étaient tout à fait enclins à rire d’eux-mêmes. Comme le jésuite Pierre Teilhard de Chardin le disait, « la joie est l’infaillible signe de la présence de Dieu »1. Pour finir, il faut dire que le rire est important même dans les lieux les plus « religieux ». Le rire est humain, naturel et c’est un élément fondamental de notre santé émotionnelle, psychologique et spirituelle. La joie, l’humour et le rire sont des dons que nous ignorons souvent, à nos risques et périls !

Joie, humour et rire

Dans un contexte séculier, la joie se comprend comme une « sorte de bonheur ». C’est un type particulier de bonheur, peut-être un plaisir plus intense ou plus durable. C’est bien naturellement un sentiment que tout le monde désire éprouver. Dans ce sens, non confessionnel, la joie semble être une notion relativement claire.

L’humour, « cette qualité qui fait appel au sens du ridicule, de l’absurde ou de l’incongru »2, n’est pas tant une émotion qu’une qualité, un attribut. La capacité à débusquer ce qui est incongru ou absurde est fréquemment soulignée dans les études savantes sur l’humour. On peut être doté d’esprit, d’un bon sens de l’humour ou d’un talent comique ou chercher à développer ces qualités mais on peut aussi en manquer et devoir en faire l’apprentissage. L’humour peut également être inhérent à des situations : on dit d’une personne qu’elle a de l’humour et qu’elle est comique ou qu’elle a de l’esprit, mais on peut tout aussi bien le dire d’un livre, d’une pièce de théâtre, d’un commentaire, d’une expression du visage ou d’un geste. Enfin, on peut également affirmer que l’humour est mauvais (quand il est raciste, graveleux, qu’il est blessant, moqueur, insultant, etc.) ou bon (l’humour qui se moque de soi-même, l’humour qui encourage, les plaisanteries qui incluent et ne font pas de « victimes »). Sigmund Freud pensait que l’impulsion comique (et plus particulièrement la plaisanterie) émergeait de l’inconscient, d’un niveau antérieur à la raison. Dans son livre Le rire, le philosophe Henri Bergson affirme que « l’absurdité comique est de même nature que celle des rêves ». Il est parfois difficile de savoir précisément pourquoi nous trouvons quelque chose d’h...


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