Christus : Vous travaillez dans une haute administration, mais vous êtes aussi un observateur très attentif de la vie politique. En 2012, vous avez écrit une tribune dans La Croix où vous commentiez de manière incisive un film sorti à l’époque : L’Exercice du pouvoir. D’où vous vient ce goût pour la vie politique et l’intérêt pour un service juste de l’État?
Jean Picq : Je suis magistrat – honoraire depuis quelques jours – à la Cour des comptes, où j’aurai donc passé quarante ans de ma vie. J’ai travaillé auprès de plusieurs ministres de la Défense, du Premier ministre et, quand j’étais Secrétaire général de la Défense nationale, du président de la République. Cette longue expérience au coeur de l’État a nourri mon regard sur l’exercice du pouvoir. Les circonstances m’ont aussi conduit à réfléchir d’une autre manière à la politique : je fais un cours magistral à Sciences Po – Paris depuis 2000 sur l’histoire de l’État en Europe, je tiens une chronique assez régulière dans La Croix et je viens d’écrire un livre sur la liberté de religion dans la République, sous-titré « l’esprit de laïcité », un sujet que je crois fondamental pour notre démocratie.
 

De la conquête à l’exercice du pouvoir


Christus :
Les règles du jeu politique permettent-elles à un élu, à un ministre, à un homme politique, à un homme de pouvoir, de se « bonifier » dans l’exercice de ses fonctions ?
J. Picq : Je propose de centrer notre réflexion sur l’exercice du pouvoir gouvernemental, sur l’exécutif et la notion de « charge » politique. L’ambition est souvent le ressort de l’action des hommes politiques, au point d’être parfois démesurée. Mais si l’ambition est nécessaire, la charge, elle, est là. Il suffit d’avoir observé la vie d’un ministre, responsable d’une grande administration, pour mesurer à quel point il s’agit d’une charge épuisante. Épuisante parce qu’on n’a pas un instant pour soi, il faut décider parfois dans l’urgence, devant des situations souvent d’une très grande complexité et où, de surcroît, la critique est immédiate quoi que l’on fasse. Le fait que cette charge s’exerce sous le regard permanent des médias, que son titulaire doive en permanence réagir et donc prendre des risques, la rend aussi particulièrement délicate. Une phrase maladroite peut mettre en cause un homme politique, aussi éminent soit-il, ou rendre son action plus compliquée. Mais la principale règle du jeu, celle qui doit mobiliser l’intelligence, c’est d’avoir une attitude et des paroles qui suscitent la confiance. Pour que la politique fonctionne, il faut que les citoyens y croient. Or, aujourd’hui, la confiance en la politique est très profondément érodée. Les hommes politiques en sont sûrement responsables, mais ils ne sont pas les seuls. Si un pays, à un moment donné de son histoire, perd confiance, c’est aussi parce que toutes les « corporations » ne...
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