Moines, religieux et consacrés sont, dans l'Eglise de ce temps, confrontés à de nouveaux défis, dans leur désir de vivre l'Annonce et de rendre témoignage au Christ ressuscité. Dans cette chronique à plusieurs voix, certains d'entre eux racontent ce qui change, dans la visée de la mission comme dans la manière de l'entreprendre, en lien étroit avec les membres d'autres instituts ou avec des laïcs vivant d'une même spiritualité.

La Côte d'Azur en plein été, une plage bondée. Sr D., jeune et jolie, la parcourt de long en large, en habit de la Communauté des Béatitudes, accompagnée d'une jeune célibataire, pour distribuer des invitations à la veillée de prière de ce soir autour du Saint-Suaire dans une paroisse proche. L'accueil est très variable de la part des estivants, cependant tous enfants chéris du Bon Dieu. Tout à coup, une vacancière bronzée, à moitié nue, se lève de son transat et tance la soeur d'un : « Vous n'avez pas honte d'être sur une plage dans une tenue pareille ? »
Une station de sport d'hiver prisée en Suisse. Sr O., la soixantaine bien affirmée, en habit aussi, est assise à la table de plusieurs jeunes dans cette « disco » où elle vient régulièrement, les samedis soirs après les vêpres de la Résurrection — accompagnée de jeunes frères —, annoncer l'amour du Christ. Un jeune arrive, la voit et lui lance : « Eh, la bonne soeur, qu'est-ce que tu f... là ? »
L'une comme l'autre ne faisaient que suivre les Actes : « La multitude des croyants n'avait qu'un coeur et qu'une seule âme. (...) Avec beaucoup de puissance, les apôtres rendaient témoignage à la résurrection du Seigneur Jésus, et ils jouissaient tous d'une grande faveur » (4,32). Notre Livre de Vie dit dans le même sens : « Chacun se sentira invité à témoigner de l'amour du Christ en tout lieu et en tout temps, à être porteur de la bienheureuse espérance du Royaume en toute circonstance ;(...) la communauté organisera des missions d'évangélisation ponctuelle ayant pour but d'annoncer la Bonne Nouvelle dans des milieux divers. »
Appelés comme tout baptisé à partager notre joie d'être sauvés, nous avons, dès les débuts de la communauté, été attirés par les « bella brigata » de sainte Catherine de Sienne qui les voulait composées « aussi bien d'adolescents que de religieux, de gens mariés que de prêtres » — ce qu'on appellerait aujourd'hui « la communion des états de vie ». Le pape Jean-Paul II, dans Vita Consecrata, parlera de cette « originalité des communautés nouvelles (...) dans le fait qu'il s'agit de groupes d'hommes et de femmes, de clercs et de laïcs, de personnes mariées et de célibataires, qui suivent un mode de vie particulier ». Au long de l'année et des appels, nous partons ainsi, tous états de vie confondus, représentatifs de tout le « peuple de Dieu », pour « porter l'Amour », comme disait Marthe Robin à un communautaire. Nous savons que bien des formes concrètes d'évangélis...
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