En quoi l'expérience de Dieu que vous dites faire est-elle aujourd'hui fondatrice d'un nouveau commencement ?... Cette question ne nous vient pas seulement des autres : elle nous est intérieure. Pour y répondre, nous arguons souvent de la valeur de notre « charisme » ou de la qualité prophétique de nos entreprises. Ces propositions sont importantes en soi, mais insuffisantes. Aujourd'hui, la vérité d'une forme de vie est aussi dans la capadté qu'ont ceux qui la mènent de la proposer à d'autres et d'inventer avec eux un nouveau présent. Notre temps est celui d'un tel défi.
Depuis le matin de Pâques, les chrétiens vont de commencement en commencement, pour partager en chaque situation nouvelle ce qu'ils expérimentent. En dehors de ce dynamisme fondamental, la vie des moines, des Mendiants et des religieux des « temps modernes », n'a aucun sens. Ils ont été « donnés » en des temps opportuns pour inviter l'Eglise à répondre avec une fraîcheur évangélique renouvelée aux questions surgies de la société. Antoine, François ou Ignace sont incompréhensibles hors des frontières où ils ont été appelés à faire mémoire de l'Evangile et à devenir, par leur vie et celle de leurs compagnons, les signes vivants d'une figure nouvelle.
Mais s'il est diffidle à l'Eglise de demeurer en état de commencement, combien l'est-il à ceux qui ont fait de la « dynamique du provisoire » un fondement de leur existence ! Depuis une trentaine d'années, la Compagnie de Jésus s'efforce d'exister avec ceux qui sont loin et ceux qui sont plus proches. Mais, plus qu'hier peut-être, elle sait combien cela est onéreux. Comme bien d'autres, depuis Vatican II, elle a consacré beaucoup de temps et d'énergies à relire ses origines et à s'interroger sur la nouveauté du présent. Mais il est urgent de lier ces deux démarches pour inventer un présent à l'histoire de nos premiers compagnons, pour devenir avec ceux qui nous rejoignent de nouveaux fondateurs.
Porteur des mêmes souds, l'historien ne peut plus, pour expliquer à ses contemporains la situation présente, se contenter de proposer l'image figée d'un passé exhumé. Tout autre est notre perspective. Pour éclairer les enjeux du défi d'aujourd'hui, nous allons nous tourner vers l'Espagne de la seconde moitié du XVT siède, afin de considérer comment, en ce temps-là, la nouveauté fut accueillie Mais, sans plus tarder, plantons les décors, mettons les acteurs en scène et entrons dans leur jeu.
 

En des temps très tourmentés


L'Espagne des trois Philippe (1556-1665), où vivent les héritiers des « premiers jésuites », est celle du « siède d'Or ». Mais c'est aussi, sous des voiles somptueux, un pays paradoxal. Au lendemain de la découverte de l'Amérique et de la reconquête de Grenade, les juifs sont expulsés (1492) et les musulmans contraints de se convertir (1509). Peu après la controverse où s'affrontèrent Las Casas et Sepûlveda au sujet des indiens, la « pureté du sang » est dev...

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