Au P. Michel Bureau s.j. t 28 juin 2005

Une révolution silencieuse est en cours dans l'Eglise de France. Partout se mettent en place des formations à la vie spirituelle, très diverses dans leurs modalités, mais dont l'émergence traduit des évolutions profondes. Un véritable tournant en cours sur le plan spirituel accompagne des mutations, d'ordre différent, mais qui forment un tout. Une présentation de ces bouleversements permet de mieux saisir les enjeux de ces formations à la vie spirituelle, dont cette enquête veut rendre compte.
 

Les nouveaux habits de l'Eglise


Depuis deux décennies, l'Eglise vit en France nombre de passages : les synodes diocésains, le redéploiement des paroisses, la « réinvention » des provinces ecclésiastiques, et, plus récemment, la redéfinition des tâches et du dispositif de la conférence des évêques. Dans le même temps s'opère, non sans questions pour l'avenir d'une présence à la société, la sortie du modèle encore très prégnant du militantisme chrétien qu'avait généré l'Action catholique. Les Journées mondiales de la jeunesse à Paris en 1997 ont créé un heureux choc Les avait précédées une plus grande attention aux « recommençants » et à la proposition de la foi dans une Eglise qui redécouvre un dynamisme catéchuménal (la Lettre aux catholiques de France date de 1996), tandis que de nouvelles orientations pour la catéchèse émergent progressivement.
Le mouvement des synodes diocésains, engagé au début des années 70, a gagné tous les diocèses. Il a permis de vivre davantage une Eglise « communion missionnaire », sensible aux décrochages massifs qui s'opèrent dans la société française : des formes inédites de sécularisation gagnent du terrain, tandis qu'apparaissent de façon déconcertante des croyances nouvelles, parfois sectaires, et que se multiplient des Eglises de tendance évangélique, en direction des récentes générations d'immigrés. Des débats ont agité le pays sur « le voile islamique », sur les racines religieuses de l'Europe, etc. Comment ces évolutions de fond ne travailleraient-elles pas spirituellement les baptisés « embarqués » dans l'animation des communautés chrétiennes ? Pour le P. Georges Pontier, évêque de La Rochelle, « le poids de l'indifférence religieuse, la présence plus forte de l'islam et du bouddhisme, mais aussi les groupes de prière ou les communautés nouvelles obligent à quitter un christianisme de routine ».
La dynamique synodale a permis la reconfiguration des paroisses, pour faire face aux bouleversements démographiques massifs vécus par notre pays depuis l'exode rural d'après-guerre et la désertification progressive d'une part importante des territoires français. Il fallait aussi s'ajuster à la raréfaction des prêtres, y compris en milieu urbain, et à la diminution du nombre de participants aux assemblées paroissiales. La mise en cause de la forme millénaire que les paroisses avaient prise dans not...
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