Ma dignité, c'est de ne pas redoubler ce que j'éprouve, de ne pas m'en faire complice, de ne pas m'en servir à des fins tortueuses. Mais l'éprouver ou pas, je n'y puis rien.

Il faut commencer par s'accepter comme on est. Sinon, que peut-on faire ? On est à côté de soi-même.

« Détendez-vous. Décontractez-vous. Prenez-vous en charge. Un peu de courage. Il y a pire que vous. »

Les bons apôtres, ils supposent le problème résolu. C'est comme de dire : « Si vous étiez plus calme, vous seriez plus tranquille. » Quant au courage : oui, bienheureux ceux qui ont la chance d'être courageux ! C'est un don comme de chanter juste ou de courir vite.

Taisez-vous, vous ne savez pas ce que c'est, moralistes insupportables, toujours à croire, ou faire semblant, que la volonté peut tout.

La volonté peut, en effet, mais dans les limites qui lui sont accordées. Et nul n'est maître de ces limites.

Nul ne peut, par exemple, être sûr de ne pas crier quand on lui fera ça.

Il est insupportable de s'entendre expliquer qu'on ne devrait pas être comme on est, pas sentir ce qu'on sent, pas souffrir ce qu'on souffre.

Honnêtement, je dois dire que je n'ai pas trop subi ce genre d'aide intolérable. Mais si peu que ce soit, on en perçoit, furieusement, le caractère injuste et imbécile.

J'irai vers l'autre volonté.

La première volonté est raide et raidie par l'effort. Bien utile quand il s'agit de forcer le passage. Mais complètement impuissante pour tenir le cap, quand on est englouti dans la faiblesse.

L'autre volonté est douce, elle est toute habitée de la divine douceur. Elle veut sans vouloir, elle laisse aller, elle accepte la lassitude, elle ne se raidit pas contre l'inévitable. Mais elle tient le cap, imperturbable, elle maintient l'adhésion secrète à la vie, à l'amour, aux choses bonnes, à ce qui va venir et qu'il faudra vivre et vivre bien.

Cette volonté-là est toute grâce.


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