Chapeau bas ! Le respect se présente moins comme l'acceptation de l'existence d'un égal que comme un consentement devant la « hauteur » ; un consentement où l'esprit s'incline devant l'autorité, mieux, devant la hauteur de l'autre, l'autre comme Dieu ou comme autrui, l'autre que je suis à moi-même, l'autre qu'est la loi. Respect du Très-Haut en Dieu, en autrui, en moi-même, dans la loi morale


Respect de la hauteur


Dieu est le « Très-Haut » (Gn 14,18-20), « le Seigneur ». Même si Dieu est créateur du ciel et de la terre, il entre davantage dans l'espace symbolique de la verticalité et de la hauteur signifié par le « ciel ». Dieu a donné sa loi au Mont Sinaï, il a fait du Mont Sion sa demeure. A la source de l'univers, Dieu doit être à la source du sens ; il donne sa loi qui organise l'univers cosmique et éthique, il est celui qui enseigne, ébranle l'homme dans ses prétentions et le remet à sa place : après avoir voulu avoir raison contre Dieu, Job s'est laissé ébranler par la parole de Dieu ; il s'incline et consent (« je t'interrogerai, et tu m'instruiras ») : il consent à la hauteur de Dieu comme Maître de sagesse (42,4). Devant le Seigneur, l'homme s'incline et se prosterne, signifiant ainsi jusque dans son corps le respect que Dieu lui inspire (Ex 34,8 ; Ps 29,2, etc.), la « crainte de Dieu », comme l'appelle l'Ecriture, cette vénération bien distincte de la peur.
La hauteur de la loi s'exprime notamment par son universalité, par le fait qu'elle s'impose à tous, qu'elle a autorité sur tous, que chacun est « sous » la loi, y compris tout dirigeant. Cette dimension de hauteur caractérise la loi civile ou militaire, mais plus encore la loi morale, au point que si la loi civile ou militaire devient injuste, il est légitime de la remettre en cause au nom de la loi morale. L'objection de conscience qui ne consent pas à la loi civile ou militaire, qui en conteste la hauteur et ne la respecte pas, se fonde sur une loi plus « haute » : la loi morale
Même si certains philosophes, comme Kant, font passer le respect de la loi morale avant le respect des personnes, il y a lieu, avec Ricoeur et Levinas, d'inverser la perspective. Le respect de la loi morale repose sur la reconnaissance de la dignité, de la « hauteur » de la personne. Si j'ai à respecter la loi « tu ne tueras pas », c'est certes parce que la loi morale l'impose — et à sa suite le code pénal —, mais d'abord parce que ce commandement se trouve inscrit dans la personne même d'autrui. Emmanuel Levinas a bien montré que c'était du visage même d'autrui que résonnait la loi 1, que c'était le visage même d'autrui qui signifiait l'appel, la prière ou le commandement au respect. Ce n'est pas sur la reconnaissance de l'égalité que se fonde le respect, mais sur la reconnaissance de la hauteur de l'autre. Cette asymétrie entre moi et autrui n'a rien à voir avec un quelconque complexe d'infériorité où je me sentirais toujours moins que l'autre. L'asymét...
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