En 1883, au collège jésuite du Mans, Léonce de Grandmaison fonde avec un groupe d’amis une petite association, « La Hulotte ». Il a quatorze ans. Son but ? « Aimer Jésus, le faire aimer davantage en unissant les efforts de plusieurs. » C’est là, dit-il, « l’apostolat de l’amour ». C’est ce même but qu’il poursuivra toute sa vie, que ce soit dans ses travaux personnels de recherche théologique, dans son ministère auprès des étudiants ou dans sa direction spirituelle.
Quand son chemin croise celui de Madeleine Daniélou, c’est pour l’un et l’autre une rencontre décisive. Deux êtres à la personnalité fort différente, mais tous deux appelés à « être des instruments de choix au service de la mission ». Leurs deux inspirations finiront par se fondre jusqu’à ne plus faire qu’une, dira Germaine d’Ynglemare, la plus proche collaboratrice de Madeleine. Au fil des ans, dans les lettres du P. de Grandmaison, on voit apparaître le « nous » ou « notre oeuvre » ; cette oeuvre, il veut la servir et en assumer une part de la charge. En vrai fils d’Ignace, il intervient, mais aussi s’efface devant l’inspiration fondatrice de Madeleine, dont il a reconnu le puissant appel 1.
 

Une rencontre providentielle


C’est en 1909 que se situe leur première rencontre. Un hasard que l’on peut bien appeler « providence » : le P. de Grandmaison rentre d’Angleterre pour prendre la direction des Études et fonder les Recherches de Science Religieuse ; Madeleine Daniélou a vingt-neuf ans, elle cherche un prédicateur de retraite pour les élèves de l’École Normale Libre qu’elle vient de fonder deux ans auparavant. Contrairement, dit-on, à ses habitudes d’extrême réserve, le Père se porte volontaire : « Il s’agit d’une École normale ? Cela m’intéresse. » Cet intérêt se transformera bientôt en relation de confiance mutuelle et s’épanouira dans une collaboration étroite – grâce insigne pour la toute jeune directrice et pour la Communauté Apostolique Saint- François-Xavier qu’elle est appelée à fonder. Dix-sept ans durant, jusqu’à sa mort prématurée en 1927, le P. de Grandmaison accompagnera l’une et l’autre et soutiendra jusqu’au bout la croissance d’une oeuvre qui lui est très vite devenue chère. La correspondance inédite gardée dans les archives de la communauté Saint-François-Xavier en témoigne : elle nous restitue, dans la vérité de son cheminement humain et spirituel, le visage attachant d’une jeune femme dotée de grands dons de la nature et de la grâce ; elle nous rend aussi plus proche en son humanité l’éminent jésuite réputé austère, et si réservé, qui fut son accompagnateur.
La première vraie lettre remonte au lundi de Pâques 1909. La retraite a été vécue par Madeleine comme la rencontre avec un homme de Dieu, particulièrement apte à comprendre et guider l’oeuvre naissante. Le Père y semble prêt, il a la conviction que « si Notre Seigneur veut bénir cette oeuvre, elle vivra et croîtra, car elle...
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