C'est à Jérusalem que mon Nom sera à jamais. » Je suis frappé de ce que ce verset apparaisse dans un des contextes les plus tragiques de la Bible. Il s'agit du chapitre 33 du deuxième livre des Chroniques, qui traite du règne de Manassé, fils du pieux roi Ezéchias et grand-père du saint roi Josias (cf. aussi 2 R 21,4). Manassé a régné environ cinquante-cinq ans à Jérusalem (687-642 av. J.-C). Ce fut le roi le plus impie du Royaume de Juda. Par les abominations de ses cultes idolâtriques qu'il a développés pour complaire à la puissance assyrienne, « il égara les Judéens et les habitants de Jérusalem au point qu'ils agirent encore plus mal que les nations que le Seigneur avait exterminées devant les Israélites » (2 Ch 33,9). Selon les paroles de la prophétesse Hulda — consultée sur l'ordre de Josias en 622 av. J.-C. —, il fut la cause de l'inévitable ruine de Jérusalem et du trône de David, dont le point culminant fut l'exil à Babylone (cf. 2 R 22,4-20 ; 2 Ch 34,22-28).
La répétition de ce verset jusqu'au temps de Manassé témoigne d'une fermeté inébranlable de la foi biblique. C'est aussi pour nous un signe d'espérance dans la situation actuelle de Jérusalem, semblable, par bien des aspects, à celle de l'époque de ce roi corrompu.

La demeure du Seigneur


Que YHWH puisse faire demeurer son Nom en un lieu déterminé de la terre fait partie de la profession de foi qui se trouve dans le discours que Salomon adressa au peuple à l'occasion de la fête de la dédicace du Temple qu'il venait de construire (1 R 8,16.29 ; 2 Ch 6,1-2.6). L'unicité du sanctuaire et la concentration du culte à Jérusalem est un thème classique de l'historiographie et de la spiritualité du Temple dans le Livre du Deutéronome (12,5.11.21 ; 14,23 , 16,11). Ce fut aussi l'un des thèmes principaux de la réforme de Josias en 622 av. J.-C. (2 R 23,1-24 ; 2 Ch 34,1-7.28-33 ; 35,1-19). Cette réforme s'annonçait déjà avec Ezéchias (2 R 18,4 ; 2 Ch 29,3-31,1). La Cité rétablie après la destruction et l'exil qu'Ezéchiel contemple de façon idéale dans sa prophétie, même si elle est transfigurée, demeure sans aucun doute Jérusalem. On la nommera « Adonaï shammah » (« YHWH est là », Ez 48,35; cf. Ap 3,12; 21,2.10).
J'ai envie de sourire lorsque je lis, dans une note de la Bible de Jérusalem concernant le discours de Salomon (1 R 8,16) : « Le Nom exprime vraiment la personne et la représente : où est le "Nom de YHWH", Dieu est présent d'une manière très spéciale, mais non exclusive. » La parole de Dieu voudrait alors nous dire que le Nom du Seigneur demeure spécialement à Jérusalem — tel qu'il se trouve effectivement, mais moins spécialement en d'autres lieux. Voilà, semble-t-il, une proposition tout à fait banale et finalement inutile. C'est comme si l'on disait qu'Israël est le peuple élu — « une part sainte pour YHWH, les prémices de sa récolte » (Jr 2,3) — d'une manière tout à fait spéciale, mais non exclusive. N'est-ce pas là détruire l'élec...
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