Robert Scholtus
Séminaire des Carmes, Paris. A récemment publié chez Bayard : Faut-il lâcher prise ? Splendeurs et misères de l’abandon spirituel (2008), Lettres à mes morts (2009) et Une saison dans les limbes (2010).

Dernier article paru dans Christus : « Les résonances de la parole : “Au-delà du verset” (Levinas) » (n° 225, janvier 2010).

 
 
Le concile Vatican II l’a rappelé avec insistance : tous les baptisés, « des évêques jusqu’aux derniers laïcs », sont pourvus du sens de la foi, grâce auquel la collectivité des fidèles, animée par l’Esprit Saint et éclairée par le Magistère, peut apporter « aux vérités concernant la foi et les moeurs un consentement universel » (1). Il n’est pas rare aujourd’hui que des chrétiens formés à l’individualisme démocratique émettent des doutes quant à la confiance que l’Église entend faire à ce sensus fidei censé aboutir à un consensus fidelium. Mais, il faut bien le dire, le contentieux porte moins sur les questions de théologie dogmatique que sur des questions ecclésiologiques relatives à l’autorité et à la réception de la parole magistérielle en matière d’éthique sexuelle.
Les propos qui suivent se tiendront en deçà de cette problématique, non sans espérer lui apporter un éclairage utile. Il s’agirait, plus modestement, de revenir sur la notion de sens de la foi qui associe deux mots d’une extraordinaire polysémie que finit par appauvrir l’usage distrait qu’on en fait. Il faut s’interroger sur les sens que revêt le mot sens, lequel connaît aujourd’hui une fortune ambiguë dans le discours commun et le discours philosophique. Quant au terme générique de foi, qui ne verrait qu’il désigne tout à la fois un vécu et un contenu, un sentiment et un donné révélé, une expérience et un discours, une intériorité et une objectivité ?
Quelques clarifications s’imposent donc si l’on ne veut pas que le sensus fidei serve à justifier le pur subjectivisme des individus croyants, qu’il soit récupéré idéologiquement au nom du pluralisme des sensibilités et en vienne à exacerber les tensions entre le Magistère
et le peuple chrétien, que précisément il est censé subsumer au bénéfice d’un consentement universel. Qu’en est-il en définitive de ce « sentiment » surnaturel suscité par l’Esprit dont bénéficie tout le peuple de Dieu ?

Les sens du sens

« Fais comme tu le sens », dira l’un, tandis que l’autre affirmera : « Voilà ce qui fait sens pour moi. » Pour le premier, rien n’a de sens qui ne soit vécu, éprouvé, ressenti ; ce qui prime, c’est la sensibilité. Pour le second, priment l’intelligibilité et la signification de ce qu’il vit. Un troisième pourra considérer qu’il n’y a pas de sens à se demander si la vie a un se...

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