L’idée d'humiliation inclut celle d'abaissement. L'humiliation peut être objective ou subjective. La première désigne ! l'acte d'abaisser, dans une violence s'exerçant métaphoriquement de haut en bas ; la seconde désigne le sentiment d'être abaissé, à ses propres yeux ou à ceux d'autrui. L'humiliation peut s'exercer ou être ressentie à propos de l'avoir, du pouvoir, du savoir, du rang social, mais elle touche toujours l'identité de la personne, sa dignité, la manière dont elle se perçoit, dont elle conçoit le sens de sa vie et les valeurs auxquelles elle croit. Elle porte atteinte à l'estime de soi. Comme acte, elle inclut souvent la volonté que l'autre se sente humilié, atteint dans son estime de soi. La distinction entre humiliation objective et subjective est à maintenir, car elle possède un caractère opératoire : elle donne les moyens conceptuels pour combattre les injustices. Mais elle n'est pas à absolutiser : elle est fonction de l'échelle des valeurs à laquelle on se réfère, et fonction aussi du point de vue : qui détermine ma position dans l'être ? aux yeux de qui suis-je ultimement jugé, honoré ou déshonoré ?
 

Jésus humilié


Dans l'ordre de l'avoir et du rang social, Jésus ne fut pas humilié. Pauvre et de commune extraction sociale, il ne pouvait guère déchoir ! Ce fut dans l'ordre des valeurs spirituelles qu'il fut visé, à commencer par celle d'être un homme :
Jésus, homme. Le grand-prêtre, Caïphe, déclare : « Il y a intérêt à ce qu'un seul homme meure pour tout le peuple » (Jn 11,50 ; 18,14). Il le traite comme un moyen, et non comme une fin. La peine requise est la mort par crucifixion. Attestée chez les Grecs et les Juifs, elle est typique du monde romain : considérée comme la plus dégradante, elle est infligée aux basses classes, notamment aux esclaves ou à ceux que l'on veut traiter comme tels. De plus, Pilate « livra Jésus à leur bon plaisir » (Le 23,25), l'abandonnant ainsi au non-droit. Jésus est dépouillé de ses vêtements, frappé, giflé, flagellé, injurié, couvert de crachats, humilié dans son corps.
•Jésus, «faisant le bien
» (Ac 10,38). Jésus agit. Il guérit les malades, chasse les démons, nourrit les foules. Il est sans cesse à l'oeuvre. Une oeuvre de miséricorde, de bonté, de libération, de salut. Une oeuvre qui manifeste la puissance de Dieu et l'avènement du Royaume. La valeur de signe de son action est remise en cause : « D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? » (Mt 13,54.56) ; « Par quelle autorité fais-tu cela ? » (21,23). Le soupçon est jeté sur l'origine du pouvoir de Jésus et sur le sens de son agir. Son pouvoir ne viendrait-il pas de Béelzéboul, divinité cananéenne assimilée au « prince des démons » (12,24) ? Durant la Passion, sa puissance d'action est humiliée : Jésus ne peut rien pour lui-même.
Jésus, maître de sagesse. A la tête d'un groupe de disciples, son audien...
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