Albin Michel, 2020, 192 p., 17 €.

Isabelle Le Bourgeois est religieuse auxiliatrice, psychanalyste et a longtemps été aumônière de prison. Son livre, pourtant, n'est pas (seulement) le témoignage d'une spécialiste. Parce qu'en marge de l'écoute, des silences, des paroles rassemblées, elle a besoin de s'installer en terrasse, boire un café au petit matin, discuter avec Armance, sa jeune amie fleuriste. C'est le récit d'une sœur en humanité et non pas (seulement) d'une experte de l'accompagnement : « Ce que j'écoute émerge des zones profondes et charrie du malheur, de la douleur, des ombres parfois menaçantes. » Dans un livre à l'écriture sobre, à la manière d'un journal ou d'un livre de bord, Isabelle Le Bourgeois ne dévoile rien de ce qui lui a été confié, tout en réussissant à dresser des portraits plus vrais que nature, nourris de cette pâte humaine blessée, malmenée, parfois égarée. Que dire ? La vie est dure et l'image de Dieu est abîmée, déformée, caricaturée, « un Dieu devant qui, en tremblant, on attend les ordres ou les sanctions ». Pourtant, « Dieu nous tient dans ses bras et nous berce, nous appelle par notre prénom et essuie nos larmes ». Mais le savoir ne suffit pas toujours à consoler…

Comment répondre à Damien le prisonnier, Marie-Josèphe, la religieuse qui doute, Loïc, le prêtre confronté au silence de Dieu, ou encore l'inconnu du TGV ? Peut-être se taire : « Je tente seulement d'être là, de ne pas déserter le lieu de la douleur, du cri, du silence ou des larmes. Être là, au plus près, au plus juste, le temps nécessaire. » C'est aussi une des leçons de ce livre émouvant : le temps est le fil essentiel des liens qui se tissent dans l'écoute de l'autre. Il faut du temps pour « croire que l'on peut être cru ». Il faut du temps pour trouver les mots : « Nous sommes nombreux à avoir vécu des traversées qui ressemblent à l'enfer et qui ont pris leur temps pour être nommées. »

Avec les figures types de ces blessés contemporains, Isabelle Le Bourgeois confie encore cette clé de rencontre avec Dieu : non pas crier vers Lui en se désespérant de son silence, mais écouter. Et, alors, résonne cette première parole biblique que Dieu adresse à chacun en nous espérant. Parole qui dépasse les colères, les peurs, les erreurs et les errements. Parole qui relève, qui appelle et re-suscite : « Où es-tu ? »