La vocation artistique témoigne, elle aussi, d'un appel pour qu'émerge un style singulier d'expression et de vie. C'est la force d'un mouvement intérieur qui porte les artistes au-delà d'eux-mêmes, comme une sorte d'exigence.

Aucun adolescent qui veut écrire, peindre ou composer de la musique ne saurait souscrire à la déclaration désabusée que La Bruyère place en tête de ses Caractères : « Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes, et qui pensent. »1 Son être entier, l'envie de créer qui l'anime se soulèvent contre cet amer constat ; non, tout n'est pas dit puisque le futur écrivain ou le futur artiste sent bien qu'il est unique et que le monde autour de lui est nouveau. Il vient justement apporter à ses contemporains ce que lui seul peut dire, avec un ton de voix, une palette, un rythme qui lui sont propres, si modeste soit sa contribution. Le rôle de l'aîné – parent, ami ou professeur – est d'abord de le rassurer quant à la légitimité de son désir. Il est aussi de lui indiquer les voies qui permettront à ce désir de s'ouvrir et de se nourrir.

Car ce qui vient s'inscrire au début sur la page blanche, la toile ou la partition est souvent un cri sourd, et même muet, que le poème suivant tente de faire entendre :

 

Depuis le sixième étage
l'adolescent effleure avec un doigt
tout près, le bronze séculaire
des grands nuages suspendus
comme des cloches au-dessus de la ville […]
Toujours en présence
les deux grands corps
celui de l'horizon
le sien
– tous les deux inarticulés –
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