Joseph Caillot, théologien professeur à  l'Institut catholique de Paris,  se savait atteint d'une maladie dégénérative dont l'issue fatale était certaine, lorsqu'il a prononcé sa conférence d'adieu devant ses pairs, dont voici un extrait.
Extrait d'une conférence donnée le 5 novembre 2002 à l'Institut catholique de Paris (ICP).

J'aimerais souligner simplement deux aspects de l'abandon : par un côté, le courage qui consiste à devoir quitter définitivement ses tâches, à devoir renoncer définitivement à ses projets ; par un autre côté, le courage de s'abandonner en toute confiance à l'inconnu qui vient, en s'exerçant à y discerner la présence de Dieu. Deux précisions, avant d'aller plus loin : tout d'abord, il est clair que la dimension de renoncement à toute activité et celle de la confiance sans retour constituent l'une et l'autre, et même probablement l'une par l'autre, les deux faces indéchirables d'une même aventure spirituelle que je ne maîtrise pas, que je ne maîtrise plus. Ensuite, il est tout aussi clair que ce que je suis en train de vous dire n'aurait aucun sens si l'épreuve actuelle était vécue dans l'enfer d'une solitude qui pourrait être à tout moment submergée par le désespoir. J'expérimente tout au contraire, depuis le début de la maladie, toute la puissance du réseau de solidarité et d'amitié qui s'est tissé autour de moi, sous mille et une formes, plus étonnantes et réconfortantes les unes que les autres1. Au fond, la communion des saints, si j'ose ainsi m'exprimer, n'est pas un vain mot pour notre fraternité de misère. C'est grâce à elle, dans ce grand corps d'espérance que constitue l'Église, que je peux encore continuer d'avancer, cahin-caha, « comme n'importe lequel des membres souffrants de Jésus Christ2 ».

Le geste actif de l'abandon

Venons-en donc maintenant au geste actif de l'abandon, lequel s'apparente bel et bien à un renoncement assez déchirant. J'avais eu l'occasion d'écrire, au moment du passage à l'an 2000, un petit article dans un numéro de la revue La Maison-Dieu consacré aux rapports entre liturgie et eschatologie. Je me proposais, entre autres, d'y réfléchir sur le fait que toute existence humaine connaît « une dernière fois ». J'étais...

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