C’e s t à Hugo Rahner et à quelques autres que l'on doit d'avoir mis en lumière les vraies dimensions de la dévotion au Coeur de Jésus. Ils tenaient compte, évidemment, du fait que la parole, au sein de laquelle « couleront des fleuves d'eau vive » et présentée chez Jn 7,38 comme une citation de l'Ecriture, renvoie aux prophètes de l'Ancien Testament. Mais lesquels ? Il ne s'agit pas, en effet, d'une citation littérale mais d'une sorte de raccourci où convergent des passages entiers. Elle se réfère, nous le savons aujourd'hui, d'une part à diverses promesses eschatologiques qui parlent d'une source jaillissant du Temple et, d'autre part, aux récits de la pérégrination au désert narrant que l'eau avait coulé du rocher. Se fier à un tel condensé biblique et théologique, qui peut être démontré dans des textes des Targums, n'était pas encore possible à l'exégèse d'alors.
Un exemple le montre : la Zeitschrift fur Aszese und Mystik publiait en 1943, à côté de deux articles de Hugo Rahner, celui d'un exégète de l'Ancien Testament sur les premiers fondements de la dévotion au coeur de Jésus. L'auteur en était le père Gustav Closen, un de mes prédécesseurs à l'Ecole supérieure Saint-Georges de Francfort. Ayant interrogé l'Ancien Testament, il y avait repéré trois petits textes (contenus en Jr 30, Ps 16 et 22) qu'il interprétait comme des prophéties messianiques. On ne peut se défendre de l'impression que les trois versets ont été tirés par les cheveux, en désespoir de cause. Mais si le mystère qui a tant fasciné la mystique médiévale et la piété moderne provient déjà de la révélation vétérotestamentaire, il ne peut être caché dans des prophéties messianiques douteuses. Il doit relever de textes qui appartiennent au centte de la théologie vétérotestamentaire
Interroger là-dessus l'Ecriture à nouveaux frais m'a toujours semblé souhaitable. Aujourd'hui encore davantage. Les catholiques, en effet, sont parvenus à un rapport bien plus immédiat avec la Bible, et l'exégèse récente a ouvert de nouvelles voies à sa lecture ; enfin, vis-à-vis des juifs contemporains, nous devons justifier notre parcours chrétien tout autrement que par le passé. Au cours des ans, en lisant l'Ancien Testament, quelque chose m'est apparu qui pourrait, me semble-t-il, conduire d'une toute nouvelle manière à la grande tradition du coeur de Jésus, même s'il s'avérait impossible d'en repérer la continuité à travers le Nouveau Testament, l'époque patristique et le Moyen Age. En outre, par ce biais, la dévotion au coeur de Jésus pourrait être mise en rapport avec des interrogations qui nous ttavaillent aujourd'hui.
Quand Hugo Rahner faisait appel à un passage scripturaire dans ses articles sur le coeur de Jésus, il se sentait sur un terrain solide du fait surtout que l'Eglise avait introduit depuis longtemps, et abondamment, dans sa liturgie de la fête du Sacré Coeur, le thème des fleuves d'eau vive jaillissant du sein du Sa...
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