Avec deux Palmes d’or au Festival de Cannes (une pour Rosetta en 1999 et l’autre pour L’enfant en 2004), un prix d’interprétation masculine (pour Le fils, en 2002), un Grand Prix du Jury (pour Le gamin au vélo, en 2011), Jean-Pierre et Luc Dardenne font partie des grands favoris de ce festival. Ils y étaient encore présents en 2014 avec Deux jours, une nuit, qui méritait aussi une distinction mais ne l’a pas obtenue.
Cependant, ils ne sont pas des auteurs prolifiques. En dix-huit ans (de 1996 à 2014), ils n’ont réalisé que sept films. Dans une interview, ils déclarent :

On n’est pas des génies, on est lents… C’est la modestie de l’artisan, il faut du temps pour faire les choses. À chaque fois, on recommence à zéro, créer une relation entre la caméra et le récit, le rythme d’une scène, d’une démarche, c’est long.
 

Des artisans qui mêlent leurs savoir-faire. Jean-Pierre, l’aîné, s’est formé en art dramatique à l’Institut des Arts de diffusion de Bruxelles, où il a eu pour professeur Armand Gatti. Celui-ci lui a proposé de devenir son assistant, ainsi que son frère Luc qui avait quant à lui étudié la philosophie. Ils vont être ensemble réalisateurs et producteurs. La Palme d’or inattendue attribuée à Rosetta attire l’attention sur leur oeuvre. Leurs films sont qualifiés de réalistes et militants. Et ils sont souvent rapprochés d’autres réalisateurs à la fibre sociale comme les anglais Ken Loach et Mike Leigh.
Le décor de leurs films ne s’éloigne pas de la périphérie liégeoise et leurs héros sont tous en situation précaire : travailleur immigré exploité, jeune femme au chômage, migrante promise à une fin dramatique, garçon délinquant essayant de s’insérer dans la société, jeune couple incapable d’assumer le bébé qui lui naît, gamin abandonné par un père immature, ouvrière menacée de chômage… Caméra à l’épaule, ils nous font participer à la course quotidienne de ces personnes dans un univers de débrouille et parfois de clandestinité.
 

On marche, on court, on roule


Oui ! On court, dans les films des frères Dardenne, on roule en vélo, en moto, en voiture, on marche de façon inquiète… Pas de film qui soit statique. Les personnages sont sans cesse en mouvement, tendus vers l’objet de leur désir, inquiets jusqu’à ce qu’ils l’aient atteint. Déjà Rosetta se hâte, la première séquence du film nous la présente comme une furie courant dans les couloirs et les escaliers de l’entreprise qui vient de la licencier. Dans Le fils, Olivier arpente lui aussi des couloirs, ceux du centre d’apprentissage où il enseigne la menuiserie. Il saute sur des meubles pour voir on ne sait quoi, il court. Il suit dans les rues un jeune qu’il va accepter en stage, Francis, et l’entraîne dans une longue virée en voiture. Le « gamin au vélo » vit dans une tension extrême. Il se déplace sur son engin avec l’énergie du dése...

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