François Euvé propose ci-après une lecture spirituelle de la dernière oeuvre publiée en deux volumes par Christoph Theobald : Le christianisme comme style : une manière de faire de la théologie dans la postmodernité, Cerf, coll. « Cogitatio fidei », 2007 (1er vol. : 506 p., 45 euros ; 2e vol. : 596 p., 50 euros).

Depuis de nombreuses années, Christoph Theobald, enseignant au Centre Sèvres, poursuit une recherche théologique qui trouve dans ce volumineux ouvrage une expression sous le vocable un peu énigmatique de « style ».
 La conjonction qu’il suggère entre le « fond » et la « forme », le contenu et son expression, indique un lien qui se retisse entre « théologie » et « spiritualité », théologie « dogmatique » et théologie « spirituelle ».
Le sous-titre du livre exprime en outre le projet d’élaborer une théologie en « postmodernité ». Mais qu’est-ce que la postmodernité, terme à la mode mais ambigu ? Signe-t-elle la fin de l’aventure « moderne » et le retour aux anciennes traditions après tant de siècles d’errance morale et doctrinale, ou marque-t-elle l’accès à un nouveau style culturel qu’il faudrait prendre en compte pour être pertinent dans l’ambiance contemporaine ? Les débats d’interprétation ne manquent pas entre diverses écoles, en particulier au sein de l’Église. La voie proposée par Christoph Theobald est à la fois traditionnelle, dans sa relecture de l’Écriture et de la tradition spirituelle en particulier, et innovante dans sa capacité à relever le défi de la contestation du christianisme par de nombreux courants actuels. La démarche d’ensemble se prête mal à un résumé, qui ne pourrait qu’en réduire la richesse. Mais il est à noter que, dans cette ambitieuse démarche de théologie fondamentale, la dimension spirituelle est très présente. C’est ce qui nous arrêtera tout particulièrement ici.
Dans un premier temps, on reviendra sur la situation contemporaine, moderne et postmoderne. Cela permettra de dire un mot sur le vocable de « style », dont la présentation occupe une bonne part des deux cents pages de l’« Ouverture ». Puis, en cohérence avec ce qui aura été perçu, on examinera le projet de renouer avec « la manière de faire » de Jésus, telle que l’Évangile nous la rapporte. Cela nous permettra, dans un troisième temps, de percevoir l’importance du rôle de l’Esprit, autrement dit,
de la dimension spirituelle. Dans cette perspective, théologie « dogmatique » et théologie « spirituelle » ne peuvent rester en simple extériorité.

Devant le forum de la société


La théologie chrétienne, catholique en particulier, s’est longtemps affrontée à la modernité, dont le projet initial semble être d’écarter toute transcendance de son horizon de pensée. Au début du XXe siècle, la « crise moderniste » marque une étape significative, en soulignant l’apparente dichotomie entre l’« immanence » de la pensée moderne et l’irréductible transcendance de la doctrine chr...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.