Dominique DEGOUL s.j. Lyon.  
 
Lorsqu’une communauté chrétienne est marquée par la fatigue et le découragement au point d’en être désorientée, de douter de la promesse de salut qui lui est faite, et même, en se détournant de Dieu, de manquer l’héritage ultime, que lui dire ? C’est à la tâche de redonner sens au présent de cette communauté que s’attelle la Lettre aux Hébreux 1. Cet écrit convoque au plus haut point la mémoire et l’intelligence de son lecteur pour raffermir sa volonté. La question de l’héritage y est présente sous un double aspect : 1. Vis-à-vis du passé, comment se libérer de ce qui semble avoir entraîné fatalement les générations précédentes dans la désobéissance ? 2. Face à l’avenir, comment entrer dans le salut promis, et déjà réalisé en celui que la Lettre désigne comme l’« Héritier » (1,2) ? Et tout cela dans un présent où, malgré la mort et la résurrection du Christ, « nous ne voyons pas encore que tout lui ait été soumis » (2,8). Bref, comment vivre le présent de telle manière que l’avenir ne nous fasse pas retomber dans les pièges du passé ?
 

Face à la désolation, un effort d’intelligence

Au premier abord, le lecteur de la Lettre aux Hébreux ne peut qu’être frappé par sa complexité. Les enseignements théologiques alternent avec les exhortations, sans que le lien entre les uns et les autres soit toujours immédiat. Les grands thèmes de la Lettre apparaissent successivement, mais s’entrecroisent tout au long du texte, comme dans une fugue à plusieurs sujets ; dès lors, dégager sa problématique selon l’ordre d’un plan de dissertation à la française n’est pas une opération commode. Certes, la thématique du Christ Grand-Prêtre en occupe la majeure partie (3,1-5,10 ; 7,1-10,18), et c’est généralement sous cet aspect que cet écrit anonyme du Nouveau Testament est le plus connu. Mais ce thème central ne prend tout son sens qu’en rapport avec ce qui fait problème dans la Lettre : la crainte que ses destinataires ne ferment leur coeur (3,8, citant le Ps 95) au point d’être incapables de recevoir l’héritage promis. Le contexte précis et les causes de cette situation spirituelle ne nous sont connus que par allusion, mais des expressions comme « porter l’humiliation [de Jésus] » (13,13), ou « pensez à celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle opposition contre lui, afin de ne pas vous laisser accabler par le découragement » (12,3), font penser à des persécutions, en tout cas à de sérieuses difficultés avec les populations environnantes. Quoi qu’il en soit, les destinataires de la Lettre sont menacés par la fatigue, le découragement (12,3) et l’incrédulité (3,19) ; et ceux-là mêmes qui devraient être en position d’enseigner sont nonchalants et régressent au point qu’il faut leur redire les bases d...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.