S'il y a un fil rouge dans la vie d'Ignace de Loyola, c'est bien celui d'aider les âmes : « Ayudar a las animas », comme il aime à le répéter dans plusieurs de ses textes. À partir de Manrèse, tel est le fil conducteur du Récit d'Ignace. En effet, sa spiritualité va s'organiser, se structurer, à partir de cette donnée fondamentale.
L'aide qu'apporte Ignace aux âmes est étroitement liée à l’œuvre de Dieu en lui. La façon dont Dieu a touché Ignace, aussi bien que la façon dont Ignace a pris conscience de Dieu à l’œuvre en lui, ne sont pas sans lien avec la façon dont Ignace, petit à petit, s'est mis à aider les âmes.
Ignace a vécu dans un temps où les repères éthiques n'étaient plus ce qu'ils avaient été au Moyen-Age. Les structures sociales avec leurs relations féodales se désagrégeaient et l'église était de moins en moins au centre de la cité de l'homme. Une nouvelle époque était en train de naître. Elle sera même appelée « Renaissance ». Ce large mouvement, parti de l'Italie pour envahir rapidement la France, l'Europe du Nord et l'Europe Centrale, n'arrive que tardivement en Espagne, c'est-à-dire vers la fin du XVe et le début du XVIe siècle, époque où Ignace vécut en Espagne (1491-1522/1524-1527). L'homme devient le centre de sa propre réflexion. L'humanisme est né. C'est à l'homme de décider quelles décisions vont orienter sa vie. Et ce n'est qu'en mettant ses décisions en pratique qu'il trouvera le chemin qui est le sien. Rien ne peut remplacer l'expérience. Ne voyons-nous pas naître aussi à cette même époque les sciences modernes, les sciences « expérimentales » ?

Sentir et connaître ses mouvements intérieurs


Aux questions de son temps, un temps qui montre à la fois un déficit en repères éthiques nouveaux et une abondance de nouveaux choix possibles (pensons seulement à la découverte d'autres mondes et à la place de l'Espagne dans cette nouvelle mappemonde), Ignace trouve la réponse en lui-même. Nous le savons, l'originalité des Exercices spirituels ne se situe pas au niveau des manières de prier, de méditer ou de contempler. Ces méthodes, Ignace les puise dans des sources du Moyen-Age. Se mettre à l'écoute de la Parole de Dieu, selon des méthodes que la tradition spirituelle a affinées et approfondies, reste aussi pour Ignace le point de départ de sa quête d'une décision heureuse et bonne. Déjà, le psalmiste chantait : « La Parole de Dieu est une lumière sur ma route... »
L'originalité d'Ignace se situe dans un second mouvement, celui de « sentir et connaître ses propres mouvements intérieurs » {Ex. sp. 313). La relecture de la prière est un élément clé dans la dynamique des Exercices. Il s'agit de devenir sensible à ce que l'écoute de la Parole provoque en moi, ou, si l'on préfère, de devenir sensible aux traces qu'a laissées l'Esprit dans mon affectivité profonde : joie, paix, confiance, courage, etc. ; ou, au contraire, tristesse, malaise, méfiance, découragement, etc. « Le mot...
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