« Tu m'as créé de chair pour le bonheur de dire,
pour l'honneur d'être au monde un être de louange
qui tourne chaque règne au service du tien,
pour que ton souffle en moi qui jouait sur les eaux
trouve une gorge d'homme où devenir parole,
creuse un corps où ma voix ferait lever tes hymnes » 1.
 
Va-t-il encore de soi pour les chrétiens d'aujourd'hui que Dieu, Créateur et Seigneur souverain, a créé l'homme « pour l'honneur d'être au monde un être de louange », pour le bonheur de « faire lever des hymnes » à la gloire de son Nom ? Si nos gorges d'hommes et de femmes du troisième millénaire venaient à s'enrouer et à manquer d'appétit pour louer Dieu, symptôme de perte de vitalité de notre foi, il suffirait de reprendre en main le livre des psaumes, source inépuisable de la tradition lyrique de la prière du Peuple de Dieu de l'un et l'autre Testament.
Livre des Louanges : la traduction du titre hébreu Sepher tehillim donne le ton du recueil qui résonne des 119 emplois de la racine hallel et du cri emblématique de la louange biblique : Alléluia.
« Alléluia ! Louez, serviteurs du Seigneur,
Louez le nom du Seigneur '
Du levant au couchant du soleil,
Loué soit le nom du Seigneur ! » (112,1-3) 2.
 
« La première chose que l'école du Psautier nous met entre les mains, écrit le Père Beauchamp, c'est le document d'une longue louange, relayée de siècle en siècle. Nous apprenons dans ce livre le simple fait que des hommes ont loué Dieu, avec la liberté qui invente et la simplicité qui se repose » 3. De cette liberté et de cette simplicité, David, à qui l'ensemble du Psautier est attribué, est la figure attirante. Qu'il suffise de rappeler que le jeune berger de Bethléem, aussi habile à manier la cithare que la fronde, ne craint pas, devenu roi d'Israël, de « danser en tournoyant de toutes ses forces devant le Seigneur », pendant que le peuple fait entrer l'Arche à Jérusalem « en poussant des acclamations et en sonnant du cor » (2 S 6,14-23). Le mépris qu'il s'attire de la part de Mikal, une de ses épouses, est sévèrement jugé par le rédacteur qui en fait la cause de sa stérilité ; histoire pleine d'enseignement : qui n'entre pas dans le jeu liturgique du chant et de la danse devient stérile, car, en Israël, vivre, c'est louer :
« Les morts ne louent pas le Seigneur,
ni ceux qui descendent au silence.
Nous, les vivants, bénissons le Seigneur,
maintenant et pour les siècles des siècles » (113b, 17-18).
 

L'engagement de l'être tout entier


Parce qu'elle exige l'engagement de l'être tout entier, corps, cœur et souffle, la louange est l'indice élémentaire de la vitalité. Elle est aussi, de ce fait même, l'expression la plus haute de l'amour : « Impossible d'aimer Dieu...
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