Les éditions Desclée de Brouwer continuent de rééditer des ouvrages du théologien Olivier Clément (1921- 2009). La dernière réédition en date présente l’intérêt de regrouper des textes publiés de façon séparée, Le chant des larmes et Trois prières, adjoints de deux textes inédits sur la prière. Olivier Clément a produit une oeuvre dispersée, sous la forme de nombreux articles, d’ouvrages de styles différents. Cette dispersion n’aide pas toujours à cerner l’unité interne de son écriture qui en fait une véritable oeuvre.
Les textes rassemblés dans ce livre touchent tous à l’expérience spirituelle, et plus particulièrement à celle de la prière : « Tout est prière. La prière est l’essence des choses. L’arbre, l’oiseau. Dans l’homme, la prière devient consciente, elle jaillit comme un chant pour s’accomplir dans le silence. » Le texte inaugural traite de cette dimension anthropologique de la prière, Olivier Clément rapprochant des expériences chrétiennes, juives, musulmanes ou extrême- orientales. Cette perspective n’est jamais abandonnée, même lorsqu’il s’agit de prière chrétienne : le Canon de saint André de Crète, ce « chant des larmes », est un poème liturgique, aux accents sémitiques, récité par les orthodoxes lors du Carême, un poème dont Olivier Clément propose une traduction très littéraire (« à mi-chemin entre une fidélité littérale et une véritable re-création ») accompagnée de notes éclairantes et d’un commentaire spirituel ; les commentaires du Notre Père (d’une très grande profondeur), de l’invocation au Saint-Esprit ou de la prière de saint Éphrem sont tout autant des « textes du seuil ».
À travers ces commentaires, Olivier Clément développe une anthropologie dont la metanoïa est la clef : l’expérience de la conversion est le creuset pour la construction de l’homme tant personnellement que collectivement. Une expérience de conversion au Tout Autre, un dépouillement de soi qui n’est pas désespoir, mais commencement des commencements.
F. D.

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