Interpellés par un mendiant infirme, Pierre et Jean n'ont rien d'autre à offrir que le Nom de Jésus Christ. Dans leur impuissance, ils se laissent habiter par la puissance d'un Autre et peuvent ainsi agir en son Nom.

Fidèles à leur tradition juive, familiers de la prière au Temple, Pierre et Jean montent au Temple (Ac 3). À l'heure où ils ne s'y attendaient pas, à « la neuvième heure », ils sont arrêtés dans leur élan par un mendiant infirme, prostré là depuis quarante ans. Ne pouvant se déplacer seul, il était quotidiennement transporté et installé à la Belle Porte pour demander l'aumône. Lors des passages de Jésus et de ses disciples au Temple, il était bien là, sans voix, isolé de la vie sociale, maintenu à l'écart du sanctuaire car « ni aveugle ni boiteux n'entrera dans la maison » (2 S 5,8).

Mystère que cette longue attente, pour cet homme impotent, exclu du Temple, dépendant de la générosité des uns et des autres.

Mais avait-il seulement entendu parler de Jésus et des Apôtres ?

Voici qu'un jour ordinaire, Pierre et Jean, entendant la voix, la supplique de l'indigent, s'arrêtent dans leur marche et le regardent.

Puissance des regards

Ils se laissent déranger par cet homme immobile, dépendant, et lui offrent un regard pénétrant, attentionné. À cet instant rapide et dense, une communication s'établit avec les deux Apôtres : « Regarde-nous », lui dira Pierre, touché au cœur, associant Jean dans cette rencontre, comme au premier jour de la Résurrection où celui-ci s'effaçait devant celui-là.

Ainsi, par cette présence aimante, le mendiant peut « tenir son regard attaché sur eux » dans l'espoir de « recevoir quelque chose ». Sauront-ils déceler son désir et répondre à son attente ?

Inouïe que cette rencontre inespérée pour l'indigent, ainsi que pour Pierre et Jean : seuls l'écoute, l'accueil et la confiance réciproque peuvent les aider à franchir l'abîme qui les sépare.

Que peut-il se passer dans le cœur des Apôtres, notamment dans celui de Pierre, quand il pose les yeux sur cet homme souffrant ?

Puissance de la mémoire

Ne se rappelle-t-il pas la main tendue vers lui par son maître Jésus, quand il sombrait dans les eaux du lac, ou son regard alors qu'il Le reniait devant tous, au moment du procès ?

Ne se souvient-il pas aussi de tous les gestes de guérison accomplis par Jésus sur tous ceux qui étaient exclus du Temple, et de leur communauté de vie ?

Ne se rappelle-t-il pas la guérison de sa belle-mère alors que Jésus « lui toucha la main, la fièvre la quitta, elle se leva et elle le servait » (Mt 8,15) ?

N'entend-il pas cette parole fondatrice : « Sois sans crainte : désormais, ce sont des hommes que tu prendras » (Lc 5,10) ?

Ne se souvient-il pas des paroles que Jésus leur adressa devant leur étonnement à la vue de quelqu'un qui expulse des...


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