Beaucoup prétendent aujourd’hui qu’entre chrétiens et musulmans tout dialogue est impossible et que l’heure est au réarmement doctrinal et idéologique face à un agresseur qui menace les communautés chrétiennes où qu’elles se trouvent.
Disons d’emblée qu’il n’est pas question de nier la réalité d’une situation qui est loin d’être « un long fleuve tranquille ». Avec le même réalisme, reconnaissons que la vie n’est pas uniquement faite non plus de violence et de meurtres et que le Royaume de Dieu offre aussi à notre discernement des « signes des temps ». Admettons enfin que l’on trouve parmi les musulmans, comme parmi les chrétiens, des personnes bienveillantes et affables, mais que l’on peut aussi buter sur des ours mal léchés, des snobs ou des arrivistes. Tout ceci étant dit, que nous le voulions ou non, la rencontre de l’autre, quel qu’il soit, fait partie de notre quotidien. Dieu nous appelle à vivre dans une société qui est religieusement pluraliste et qui le sera de plus en plus. Le choix qui nous reste n’est pas de dialoguer ou non, mais de trouver un type de dialogue qui rendra notre monde plus fraternel, plus vivable pour les générations qui nous suivent. L’enjeu est crucial.
 

Les écueils à éviter


Pendant des siècles, chrétiens et musulmans se sont affrontés politiquement et militairement comme membres d’empires rivaux ou ennemis. Il en reste des séquelles. Quelle que soit notre appartenance religieuse, chaque fois que l’on se situe de façon partisane,comme défenseur des intérêts de son propre groupe ou de ses coreligionnaires, on suscite chez ses interlocuteurs un réflexe symétrique d’esprit de corps et d’hostilité instinctive. La rencontre tourne au pugilat. Au contraire, que l’on s’invite mutuellement à défendre les droits des petits partout où ils sont méprisés, et les vieilles rancunes s’effacent devant un engagement commun au service de l’Homme : tous peuvent partager avec leurs interlocuteurs les raisons religieuses que nous avons de nous engager ainsi, puisque Dieu — le Juste — nous appelle à bâtir un monde juste.
Il ne s’agit pas ici d’une simple habileté politique, mais d’une réponse plus totale à l’appel d’un Dieu qui n’est pas au service des intérêts d’un groupe humain particulier. Le concile Vatican II, d’ailleurs, nous demande ce dépassement.
Il existe des personnes éprises de certitudes doctrinales et de formules dogmatiques qui pensent qu’une vraie rencontre ne peut s’établir sans un accord doctrinal préalable. Si les spécialistes peuvent — et doivent — confronter les points de vue doctrinaux des deux religions, sans esprit de conquête ni de prosélytisme, il faut reconnaître qu’entre l’islam et le christianisme le terrain des dogmes n’est pas le plus propice à une vraie rencontre. Faut-il en déduire qu’il n’y a pas de vraie rencontre possible entre chrétiens et musulmans ?
 

Le terrain de la vie


La rencontr...
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