L'action collective, dans sa version politique, tout comme la capacité des religions à orienter la vie sociale sont réduites au silence par une idéologie des droits individuels. Ceci nous appelle à ouvrir une relation nouvelle entre le religieux et le politique sur fond d'une vision chrétienne confiante dans la créativité des hommes, dans l'inventivité de leur action, pour faire face aux défis globaux du développement.

Pouvons-nous encore agir en tant que citoyens ? Le thème de ce dossier pointe une crise de la volonté collective qui serait marquée par l'insignifiance du politique. Elle s'alimenterait du constat de la médiocrité de la politique comme de l'inadéquation des instances de décision publique face aux nouveaux défis mondiaux. L'Europe paraissait avoir été conçue pour combler le déficit des nations, isolées au regard des nouveaux enjeux globaux. Voici qu'elle démontrerait, elle aussi, son inefficacité.

Les paradoxes de notre condition citoyenne

À première vue, notre condition citoyenne serait paradoxale :

● D'un côté, le désenchantement profond à l'égard de l'action publique et des institutions politiques qui la conduisent. La montée désolante de l'abstention au fil des scrutins, pourtant non dénués d'enjeux réels, ajoute au sentiment d'impuissance, en privant les élus de légitimité. Le mal touche tous les pays européens, mais il affecte particulièrement le nôtre, attaché plus que d'autres au rôle de la politique.

● De l'autre, les prétentions croissantes des individus à vouloir bénéficier de toutes les avancées technologiques, notamment biotechnologiques, pour pouvoir jouir des supposées libertés qu'elles recèlent, peuvent être lues comme une aspiration à la toute-puissance lorsqu'il s'agit de soi. Or cet élargissement des possibles dans tous les domaines marqués par un progrès, y compris en matière de santé et de bien-être, serait sans doute mieux caractérisé par le mot « potentialités » que par « libertés ».

Mais cela ne retirerait rien au paradoxe de notre condition citoyenne, en ce début de siècle : d'un côté, sur le plan de l'action collective, particulièrement dans le champ politique traditionnel, un sentiment d'inefficacité sinon d'impuissance lorsqu'il s'agit de faire face à des défis sociaux, environnementaux, migratoires dont l'urgence n'est que trop manifeste ; de l'autre, sur le plan des choix individuels, la perception d'une multiplication de possibilités et d'options. L'essor des ré...


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