Un des apports les plus originaux de Thérèse de Lisieux est une compréhension de la vie contemplative typiquement chrétienne. La lettre du 25 avril 1893 1 qui précède, ordinairement peu commentée, nous servira d'illustration. Nous verrons à quelle profondeur d'interprétation théologique de la vie religieuse Thérèse aboutit.
 

La rosée n'existe que la nuit


« Etre et rester toujours une goutte de rosée cachée dans la divine corolle du beau Lys des vallées. Une goutte de rosée, qu'y a-t-il de plus simple et de plus pur ? » C'est en ces termes que Thérèse s'adresse à Céline, au début de sa missive. Dans le langage poétique qu'elle affectionne, elle désire partager à sa soeur la manière dont elle comprend une existence entièrement vouée à Dieu. La « goutte de rosée » condense, à ses yeux, la vie et le charisme d'une moniale carmélite.
Une vie à laquelle, pense-t-elle, Céline est appelée : « être et rester toujours une goutte de rosée cachée dans la divine corolle du beau Lys des vallées. » Cette phrase fournit la clé d'interprétation de toute la lettre. Thérèse commence par préciser l'origine « céleste » ou théologale d'une telle vocation : « Ce ne sont pas les nuages qui l'ont formée puisque quand l'azur du Ciel est étoile, la rosée descend sur les fleurs. (...) La rosée n'existe que la nuit. » Ces derniers mots sont lourds de sens. La nuit est le moment de la génération céleste de la rosée. Elle signe, en quelque sorte, son origine supraterrestre. La nuit évoque aussi la temporalité, avec ses notes d'exil et d'épreuve. La « goutte de rosée », symbole de l'âme contemplative, doit se tenir dans la présence nocturne de Dieu et la qualité de son action cachée au coeur de l'histoire humaine. La nuit lui confère la grâce de son charisme. En elle peut s'accomplir « sa mission ». En vue de cet accomplissement, « la goutte de rosée » doit « être cachée » dans la « fleur des champs ». Autrement dit, cachée dans le Christ humilié, établie dans l'Acte de sa mission rédemptrice qu'étend, au monde et à toute l'histoire, son corps ecclésial :
 
« Pendant la nuit de la vie, sa mission à elle est de se cacher dans le coeur de la fleur des champs, nul regard humain ne doit l'y découvrir, le seul calice qui possède la petite gouttelette connaîtra sa fraîcheur. Heureuse petite goutte de rosée qui n'est connue que de Jésus !.. »

Le défi de cette mission, tout comme son incomparable grandeur, est de « n'être connue que de Jésus ». Aussi ne faut-il point s'arrêter « à considérer le cours des fleuves retentissants qui font l'admiration des créatures ». Même « le calice de la fleur des champs ne saurait contenir le clair ruisseau ». Aussi légitime que soit l'activité du ruisseau, dont « le murmure est bien doux », celle-ci n'est pas entièrement commandée par « Jésus seul...
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